Blog de défense de l'Ecole publique
Alors que se met en place la concertation sur les rythmes scolaires qui durera 9 mois, Luc Chatel a confirmé qu'il n'y aurait pas de modification du calendrier scolaire avant 2013-2014. On sait l'épreuve ardue, d'autres ministres s'y sont essayé sans succès. L'Allemagne prise souvent comme modèle en revient...
Cours le matin, sport (ou musique, dessin...) l'après-midi. Une journée scolaire telle que va l'expérimenter à la rentrée une centaine de collèges et de lycées français, ainsi que l'a annoncé le ministre Luc Chatel le 25 mai. Et telle qu'on l'imagine en Allemagne. Ou plutôt telle qu'on l'imaginait, car pendant que la France songe, même de loin, à la journée partagée, l'Allemagne en revient depuis un bon moment déjà.
Le «modèle» allemand et ses 6500 heures de cours par an (contre 1000 de plus en France) est en pleine remise en question depuis qu'en 2000 une étude de l'OCDE a mis le feu aux poudres. L'enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), qui compare et évalue tous les trois ans les compétences des élèves de 15 ans en maths, compréhension de l'écrit et sciences, plaçait l'Allemagne en 20e ou 21e position, selon l'indicateur, sur 32 pays (quand la France se situait entre 10e et 13e).
Non seulement Pisa a révélé les graves lacunes des jeunes Allemands en termes de connaissances, mais elle montrait que le système scolaire allemand était plus discriminant que la moyenne.
De nombreux experts y voient une conséquence de la journée coupée en deux: les enfants de milieux favorisés profitaient en effet de leur après-midi pour d’autres activités quand les plus pauvres étaient laissés à eux-mêmes. Car, contrairement à ce que veut expérimenter Chatel en France ou à ce qui existe en Finlande, en Allemagne, les loisirs l'après-midi sont facultatifs et peu pris en charge par l'école.
«Le modèle allemand a certainement bien fonctionné pendant un moment, tant qu'il y avait de réelles possibilités d'activité après l'école, mais pour de raisons de moyens, ce n'est plus le cas aujourd'hui», constatait ainsi récemment dans un tchat sur Libération.fr François Testu, spécialiste des rythmes scolaires, professeur à l'université de Tours.
Autre facteur explicatif à la persistance des inégalités, que souligne Eric Charbonnier, de la direction de l'Education à l'OCDE, la sélection précoce. «En Allemagne, les élèves peuvent être orientés dans la filière professionnelle dès avant 11 ans. Trop tôt pour que les élèves défavorisés, notamment immigrés, puissent rattraper leur retard. Si bien que l'Allemagne était l'un des seuls pays de l'OCDE dans lequel les immigrés de deuxième génération (nés dans le pays, ndlr) connaissaient davantage de difficultés que ceux de la première génération (nés hors du pays où ils ont subi l’évaluation et dont les parents sont nés à l’étranger, ndlr).»
Secoués par l'enquête Pisa, l’Etat fédéral et les Länder se sont lancés en 2003 dans un vaste programme de 4 milliards d’euros pour développer la journée continue. «La réforme s'est déclinée en trois axes, détaille Eric Charbonnier. D'abord, insister sur l'apprentissage de la langue en l'intégrant dès la maternelle. Ensuite, rendre les système moins sélectif très précocement, en renforçant le tronc commun. Enfin, revenir sur la journée divisée entre cours le matin et sport l'après-midi.»
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