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Blog de défense de l'Ecole publique

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L'UMP veut (ré)écrire les manuels scolaires

In Mediapart

 

La polémique sur la théorie du genre dans des manuels de SVT de première rebondit: mardi, les députés UMP ont lancé un groupe de travail sur les manuels scolaires. La dernière fois que les députés de droite ont tenté une incursion dans les programmes, c'était sur le «rôle positif» de la colonisation.

 

A droite, la fronde continue autour des manuels scolaires. Après la lettre de 80 députés UMP demandant le retrait des manuels de SVT de première L et ES qui contenaient, selon eux, une intolérable référence à «la théorie du genre», les députés UMP ne désarment pas. Pour s'assurer de la disparition prochaine des manuels d'une «théorie qui affirme que l'identité sexuelle est une construction culturelle relative au contexte du sujet», ils viennent de mettre en place un groupe de travail pour réfléchir aux contenus des livres scolaires, a-t-on appris mardi. «Dans la mesure où cela émeut la société française, il n'est pas illégitime que le législateur réfléchisse sur ces questions», a assuré à Mediapart le député Jacques Grosperrin, membre de ce groupe et également en charge des questions scolaires à l'UMP. Se bornera-t-il aux manuels de SVT? «Nous ne voulons rien nous interdire. Nous pourrons aussi bien parler d'histoire que des SVT ou de la trop grande lourdeur des programmes», assure-t-il.
Le groupe socialiste a immédiatement décidé de boycotter le groupe: «Il n'appartient pas aux parlementaires et plus largement au pouvoir politique d'élaborer le contenu des manuels scolaires, des instances légitimes existant pour cela. Plus largement il s'agit de transférer à l'Assemblée nationale une polémique dérisoire sur la question du genre à des fins purement politiciennes et sous la pression des députés UMP de la Droite populaire. Le groupe SRC (socialiste radical et citoyen) ne participera pas à cette manipulation», expliquent-ils dans un communiqué. «Nous avons brutalement appris cela mardi matin, sans aucune concertation préalable comme il est d'usage», affirme le député socialiste Yves Durand, spécialiste des questions d'éducation. «Nous savons très bien ce qu'il y a derrière. Il s'agit d'une initiative de Xavier Breton(député de l'Ain) que l'on connaît bien pour ces positions catholiques intégristes. On est dans la volonté de censure pure et simple. Tout cela est digne du Tea party»

Le précédent colonial

Début septembre, Christian Jabob, à la tête du groupe UMP à l'Assemblée, avait plaidé pour que soit mise rapidement en place une mission d'information parlementaire sur les manuels scolaires arguant dans une interview au journal La Croix: «Eriger une idéologie en réalité scientifique me choque. Que ce soit un débat de philo, pourquoi pas, mais pas en cours de science.» Et qu’importe si l’immense majorité des scientifiques qui se sont exprimés sur le sujet ont défendu le sérieux de ces manuels.
Le président de l’UMP, Jean-François Copé, lors d'un point presse début septembre, avait également soutenu les «interrogations légitimes» des députés: «Ce qui est profondément choquant dans cette affaire, c’est que la théorie du genre, qui est une théorie défendue par des personnes mais combattue par d’autres, soit présentée comme une vérité scientifique alors que ça ne l’est pas… C’est comme si on présentait dans les manuels d’économie la théorie marxiste comme une vérité scientifique.»
Avant qu’il ne bascule à gauche, au Sénat deux tiers des élus avaient également exprimé leur désapprobation et demandé au ministre «de garantir aux élèves que ce chapitre ne pourra faire l'objet d'un sujet au baccalauréat». Pourtant, la fin de non-recevoir à la rentrée de Luc Chatel avait été des plus claires. Rappelant la place de chacun, il a précisé qu'il «n'avait pas droit de vie et de mort sur les manuels scolaires» et qu'en outre «le ministre de l'Education nationale n'est pas chargé d'éditer les manuels » mais est «chargé de rédiger les programmes. Ensuite, ces programmes sont mis à disposition d'éditeurs scolaires, et les éditeurs ont une totale liberté éditoriale», a-t-il notamment expliqué sur RTL
La dernière fois que la droite avait tenté de légiférer sur le contenu des programmes scolaires, l'opération s'était plutôt mal finie. Lors de l'élaboration de la loi du 23 février 2005 «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés», un amendement stipulant qu'il faudrait désormais enseigner le «rôle positif» de la colonisation avait suscité l'indignation générale. Un collectif d'historiens s'était constitué pour demander l'abrogation de la loi et rappeler qu'il n'appartient pas au pouvoir politique d'écrire l'histoire. Après des mois de polémique, Jacques Chirac avait finalement abrogé l'article incriminé de la loi.
Le précédent ne fait pourtant pas peur au député UMP Jacques Grosperrin. «Nous ne voulons pas rédiger les manuels mais réfléchir à leur contenu. Il ne faut pas avoir de tabous et, de manière générale d'ailleurs, le législateur ne s'est pas assez occupé d'éducation.»
 Voilà qui est clair.
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