Blog de défense de l'Ecole publique
Recadrée à la baisse en 2006, abandonnée au libre jeu de la déréglementation de la carte scolaire, l’éducation prioritaire ne semble pas une priorité de l’action gouvernementale. Le dispositif CLAIR lancé par Luc Chatel, qui n’a pas été mis en débat, interroge. S’agit-il d’un soutien, d’un recadrage ou d’une mise à mal ?
Répondre aux critiques de la Cour des Comptes ? Le 22 juin devant la Commission des finances de l'Assemblée nationale, lors d'une audition sur le rapport de la Cour des Comptes, Luc Chatel avait annoncé que "ce programme (CLAIR) se caractérisera par des innovations dans le champ de ressources humaines, avec un effort porté sur la stabilité des équipes, dans le champ de la pédagogie avec un large recours aux expérimentations permises par la loi, et enfin dans le champ de la vie scolaire avec la désignation d’un préfet des études pour chaque niveau". Il répondait ainsi aux vives critiques formulées par la Cour des comptes sur l'éducation prioritaire. La Cour estime que "la France est un des pays où les destins scolaires sont le plus fortement corrélés aux origines sociales". Elle recommande de "donner aux équipes des moyens dans le cadre de contrats d'objectifs pluriannuels" et de "systématiser les affectations sur profil des responsables et des enseignants". Elle dénonce l'éparpillement des moyens.
De fait où en est l'éducation prioritaire ? Un des grands moments de la présentation du rapport a sans doute été le commentaire de Jean Picq sur le coût de l'éducation prioritaire. Estimé à un milliard par le ministère, il précise que "ce chiffre n'est pas confirmé par la Cour". Compte tenu du profil des enseignants en zep, le coût pourrait aussi bien être inférieur de 10% à celui des autres établissements ! C'est dire que l'éducation prioritaire… ne l'est peut-être plus. Créée par la gauche en 1981, l'éducation prioritaire a été redessinée par G. de Robien en 2006. Il a distingué à l'intérieur des ZEP, les "réseaux ambition réussite" (RAR), dotés de moyens supplémentaires, des "réseaux de réussite scolaire" (RRS). Il a ainsi amorcé une concentration des moyens. Aujourd'hui les RAR représentent 4% des collèges et 3% des écoles, les RRS 15% et 10%.
Une étude de la DEPP en 2009 montre que "trois quarts des élèves des collèges RAR sont issus des catégories sociales défavorisées et un tiers a un fort retard scolaire en début de sixième". "Ces collégiens maîtrisent moins bien les compétences de base, en sixième comme en troisième. Leurs résultats au brevet sont, en moyenne, plus faibles que dans les collèges situés hors éducation prioritaire." Déjà l'appréciation des moyens était mise en accusation. Si " les collèges RAR se sont vus attribuer près de 23%d’heures d’enseignement par élève en plus par rapport aux autres collèges", concrètement sur le terrain cela se traduisait par 4 collégiens de moins par classe. Aujourd'hui on estime que les classes RAR ont 2 élèves de moins que les autres. Un effort insuffisant si l'on en croit l'étude déjà ancienne de T Piketty. Il avait pu calculer qu"une réduction de la taille des classes a un effet sur les résultats scolaires à condition qu'elle soit forte. " La légère politique de ciblage des moyens actuellement en vigueur en ZEP (taille moyenne des classes de 21,9 en zep contre 23,3 hors zep) permet de réduire d'environ 10% l'écart de réussite. Cet écart pourrait être réduit de 40% si l'on mettait en place un ciblage fort avec une taille de classe moyenne de 18 en Zep et 24,2 hors zep".