Blog de défense de l'Ecole publique
par Josiane Boutet, Bernard Lacroix, Frédéric Neyrat, Olivier Michel et Willy Pelletier, membres du conseil d'orientation de la Fondation Copernic
Car un nombre considérable de chercheurs et d'universitaires ne veulent plus de la LRU. Plus que jamais, ils refusent cette autonomie dont on a trop oublié qu'elle fut inventée par un ministre gaulliste des années 1968 pour faire pièce aux revendications trop radicales d'une jeunesse turbulente.
L'autonomie s'entendait autonomie pédagogique, autonomie administrative et autonomie financière. Cinq ans après, les ravages de la LRU sont manifestes. Les trois aspects de l'autonomie ont été rigoureusement inversés. Sous couvert de "responsabilités", l'Etat transfère des charges, comme pour les collectivités locales. L'autonomie s'est traduite pour le plus grand nombre des universités, par des difficultés financières accrues. Une dizaine d'universités sont en quasi faillite. L'Université de Nantes vit ainsi sous la tutelle du recteur. Curieuse conception de l'autonomie.
Les universités, autonomes mais sous tutelle, en sont réduites, malgré des sous encadrements pédagogiques sectoriels avérés ou des sous encadrements administratifs attestés à réduire les postes offerts, à limiter leur offre de formation pour colmater un budget précaire et à augmenter le prix des inscriptions en facultés. Beau résultat.
A tous les étages, il n'y a rien à garder de la LRU. Le regroupement en pôles de recherche et d'enseignement supérieur pour satisfaire à des impératifs de ranking dans des classements internationaux au demeurant fort contestés, s'effectue sans consultation des universitaires intéressés, ni sur les disciplines réunies, ni sur les volontés de travailler en commun. Les effets sélectifs du système se trouvent redoublés par l'invention de hiérarchies "d'excellence" supposée, alors qu'il s'agit d'accompagner un nombre d'étudiants plus élevé, en les encadrant mieux. Sans parler de la destruction de la formation des "maîtres". Faute de redresser la barre, c'est toute une faillite morale, radicalement étrangère aux valeurs du monde académique, dont la Révision générale des politiques publiques et le new public management sont les instruments.
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