Blog de défense de l'Ecole publique
In Le Monde
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Quel que soit l'habillage, c'est un recul. Annoncé lundi 15 décembre depuis Ramallah (le territoire palestinien de Cisjordanie) où il était en visite officielle, le report de la réforme de la classe de seconde par le ministre de l'éducation, Xavier Darcos, est un coup de théâtre dans le milieu, mais aussi une embardée dans la conduite de l'action gouvernementale.
La réforme du lycée est-elle reportée d'un an, comme l'assure le ministre, ou enterrée, comme l'espèrent ses plus coriaces opposants, encouragés par ce recul ? Dès mardi matin, la frange la plus radicale proclamait sa volonté d'obtenir le "retrait de toutes les réformes Darcos et l'annulation des suppressions de postes", comme le déclaraient certains lycéens aux portes de leurs établissements. Et les deux principales organisations lycéennes (UNL et FIDL) maintenaient leurs mots d'ordre de manifestations, notamment pour le jeudi 18, jurant que leur mobilisation n'allait pas faiblir. Mais c'est là un pari hasardeux, lorsque l'adversaire se dérobe.
Jugée "sage" par les syndicats d'enseignants, la décision de report arrive au terme d'une période pendant laquelle le ministre de l'éducation, encouragé en cela par l'UMP et conforté par le président de la République, a affiché sur presque tous les dossiers une posture inflexible. "Je ne suis pas le ministre de l'hésitation nationale, déclarait-il le 11 décembre sur Europe 1, j'ai un devoir pour les générations futures, il s'agit de réformer un pays qui en a besoin."
USURE
Ce message de fermeté, déjà testé avec succès en avril-mai lors d'une première vague d'agitation lycéenne, avait été repris par le ministre dès sa conférence de presse de rentrée, le 28 août : il assurait n'avoir "aucun complexe" à poursuivre les suppressions de postes. Depuis, il continuait de qualifier de "rituels" les mouvements de protestation, qu'il s'agisse des journées d'action des syndicats d'enseignants ou des manifestations lycéennes. Et sa dernière interview avant report de la réforme, parue dans le Journal du dimanche du 14 décembre, ne laissait pas percer la moindre faiblesse.
A l'idée que Nicolas Sarkozy lui aurait imposé de mettre le holà sur un projet qui menaçait de mettre le feu aux poudres, M. Darcos oppose sa version, confirmée par l'Elysée, selon laquelle il aurait lui-même pris l'initiative. Depuis le jeudi 11 décembre, a-t-il expliqué au Monde, il constatait que cette réforme "était devenue le point de fixation, pour ne pas dire l'otage, d'un mouvement social n'ayant pas grand-chose à voir avec des questions pédagogiques. (...) J'ai donc dit au président que (...) le climat n'y était pas, et qu'il valait peut-être mieux se donner du temps et reprendre toute la question." Au climat social général, il faut cependant ajouter une usure de la position de M. Darcos. Depuis la rentrée, celui-ci est confronté à une dévalorisation grandissante de toute parole officielle, au profit du "buzz", des rumeurs répercutées sans fin sur Internet, comme celles lui attribuant la volonté de supprimer certaines disciplines ou de revenir sur le caractère national du baccalauréat.
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