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Blog de défense de l'Ecole publique

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Réforme du lycée : un remède pire que le mal ?

In Skole.fr

 

Certes, l’aspect économique et budgétaire semble le ressort profond de la réforme. On peut à ce titre consulter l’article de Christian Laval, déjà signalé sur skholè. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est son aspect pédagogique, qui n’est pas sans susciter des inquiétudes.

 De ce point de vue, la réforme envisagée repose sur deux grands principes complémentaires : la « moduralisation » et la « semestrialisation ».  Il s’agit de remettre l’élève au cœur de son parcours scolaire, en lui permettant de choisir celui-ci, mais également de ne pas l’enfermer dans une filière en lui laissant la possibilité de découvrir de nouveaux enseignements, et d’en abandonner d’autres. 

Les cursus seront composés de modules, obligatoires pour les uns, « d’exploration » ou de « spécialisation » pour les autres. Chaque module se verrait attribuer le même volume horaire : 3 heures, sur un semestre. Par ailleurs, outre les enseignements obligatoires, les élèves pourront choisir des modules « d’exploration », à raison de deux fois trois heures par semestre en seconde. Ils pourront également changer de module à chaque semestre. C’est certes moins que ce qui était prévu au départ (des rumeurs parlaient un temps de supprimer le caractère obligatoire de l’histoire-géographie ou de l’enseignement des sciences !).

Mais dans les projets d’organisation du « cycle terminal » (Première et Terminale faisant maintenant bloc), ce libre choix devrait être accru. Un élève pour obtenir le baccalauréat, devrait « valider » 32 modules, 16 d’enseignement obligatoire ou général et 16 d’enseignement de spécialisation. Ces modules pourront être validés à chaque fin de semestre.

La « modularisation » pose plusieurs problèmes, qui ne se limitent pas à une simple question de réduction des postes et de baisse du taux d’encadrement – même si cette question est également problématique : jusqu’où est-il possible de faire « mieux avec moins » ? Au-delà, elle risque d’avoir des répercussions pédagogiques importantes. Elles font courrir le danger d’un accroissement de la perte de sens de l’enseignement.

En toute logique, une des premières conséquences sera la fin du baccalauréat, du moins sous sa forme actuelle d’examen terminal. Nous ne discuterons pas de cette question ici, elle fait d’ailleurs l’objet d’une réflexion spécifique sur skholè, lancée notamment par un article de Julien Gautier. On peut toutefois déjà se demander si l’uniformisation horaire ne méconnaît pas totalement la spécificité des savoirs et leur caractère organique : une solide connaissance de la langue n’est-elle pas indispensable dans les autres matières ? Cela n’implique-t-il donc pas un horaire de français conséquent, par exemple ? Le danger est celui d’une atomisation encore plus grande des savoirs, d’une perte accrue de leur dimension organique, c’est-à-dire de leur sens.  Ne risque-t-on pas de pratiquer un saupoudrage rhapsodique incapable de donner sens à l’articulation des disciplines ?

Ce « zapping » scolaire risque d’être encore aggravé par la semestrialisation. La maîtrise des savoirs ne demande-t-elle pas de la continuité et une attention dans la durée ? Un élève pourra obtenir le baccalauréat avec des modules validés à la fin de la première – et ne plus jamais aborder la discipline concernée jusqu’à la fin de la terminale. On peut raisonnablement douter de ce qui restera retenu et maîtrisé d’un tel « module » à l’issue du cursus. Il semble également peu probable que l’on puisse maîtriser certains exercices, en particulier les plus exigeants et donc formateurs, en seulement cinq mois : est-ce à dire qu'il seront à terme abandonnés ?

Une autre des conséquences probables de cette « modularisation » est le clientélisme : on prend tel cours parce que le « prof est sympa », ou pire encore, « parce qu’il met des bonnes notes ». A l’inverse, les matières réputées difficiles souffriront de désaffection. Or, on peut légitimement se demander si un lycéen est apte à choisir lui-même ce qu’il doit apprendre. Par définition ignorant – sinon il ne serait pas là – comment lui demander de juger de ce qu’il veut apprendre sans même le connaître ? Autre conséquence probable : celle d’une accentuation des inégalités. Les « bons » élèves, dont les parents maîtrisent le système scolaire et ses normes implicites organiseront leur parcours de façon utilitaire et rétributrice, choisissant les matières « sélectives ».  Dans tous les cas, ce qui est perdu, c’est le savoir comme fin.  On peut également craindre pour la pérennité de certains enseignements, comme l’économie ou les langues mortes, voire la philosophie sous sa forme actuelle.

Cette réforme aura également pour effet de supprimer ce qu’on appelle le « groupe-classe ». Or on peut se demander si un lycéen n’a pas besoin, pour une part, de celui-ci, des repères et de la solidarité qu’il fournit. De plus, on imagine la difficulté que représente la semestrialisation d’un point de vue pédagogique. Au changement de semestre, certains élèves resteront, pendant que d’autres partiront et arriveront. Demandera-t-on à ceux qui sont restés de réécouter ce qu’ils ont déjà écouté ? Que leur faire faire, par exemple, lorsque l’on réexpliquera comment faire une dissertation ?

L’idée de « faire mieux avec moins » est, sur le papier, alléchante. Au-delà de la question de savoir, au vu de l’ampleur de la réduction des moyens, s’il est possible de ne faire ne serait-ce qu’aussi bien avec beaucoup moins, se pose celle de la méthode. Une telle réforme risque d’accentuer encore plus le malaise de l’école et la perte de son sens.  L’unité organique du savoir, déjà bien mal en point, risque d’en pâtir encore plus. Et par là sa dimension formatrice. Certes, les détails de la réforme restent encore dans le flou. Certes la réforme de la seconde est allée moins loin que ce qu’on avait laissé entendre. Mais ce flou est suspect – c’est en général les mauvaises nouvelles que l’on cache. Cette réforme risque d’avoir des conséquences pédagogiques lourdes qui demandent notre plus grande vigilance.

Ce billet ne se veut bien sûr pas exhaustif. Il a pour but de lancer le débat. C’est pourquoi nous vous invitons chaleureusement à contribuer à celui-ci par vos remarques et commentaires.

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