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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 12:31

In Médiapart

 

 

Une politique inique et absurde terrorise aujourd’hui des milliers d’étudiants étrangers inscrits régulièrement dans nos universités et dans l’ensemble de nos établissements d’enseignement supérieur. A l’approche de l’élection présidentielle, le gouvernement  aurait-il décidé d’en faire les otages de sa dérive idéologique ?<--break->

 

Une fois de plus l’Etat-Sarkozy nous met face à l’inadmissible. Les faits sont là. Ils sont dramatiques et nous rappellent aux événements du sombre été 2010. La circulaire Guéant du 31 mai 2011 et le zèle des préfets à l’appliquer sans discernement sèment la peur sur les campus universitaires. Le décret du 6 septembre 2011 augmente de 35% les ressources mensuelles minimales pour obtenir un titre de séjour (de 460 à 620 euros : voir ici). Les titres de séjour qui arrivent à terme en milieu d’année ne sont pas renouvelés, contraignant les étudiants à interrompre leur cursus, à retourner dans leurs pays ou à entrer dans la clandestinité. Les services préfectoraux mettent en place une véritable course d’obstacle au renouvellement des titres de séjour. Ils ne renseignent même plus les étudiants étrangers sur leurs droits et multiplient les obligations de quitter le territoire français (OQTF). De toutes nationalités, venus du monde entier, des étudiants se terrent dans les cités universitaires, s’y font parfois arrêter, ou sont cachés par des amis, parfois par des membres d’associations humanitaires et de défense des droits de l’homme. D’autres, de plus en plus nombreux, envisagent de quitter la France et disent, entre dégoût et amertume, rechercher un autre pays où ils pourront terminer leurs études dans des conditions d’accueil plus respectueuses des droits. Il ne s’agit plus seulement, comme le disent certains, d’un gâchis humain ou d’une absurdité économique, mais bien d’un désastre humanitaire, invisible, sournois, dont on voudrait taire le nom, et dont l’Etat est directement responsable. Ce désastre se passe ici, en France, un pays qui fut jadis celui des Droits de l’Homme, et qui est devenu au fil des années celui de leur négation.

 

On ne peut plus se taire. Mais on ne saurait non plus dénoncer cela au seul nom de grands principes. Il faut aujourd’hui témoigner et dire ce qui est. Ce que je fais ici, en tant que citoyen indigné. Mais c’est aussi un appel à s’engager. Contre la barbarie d’un Etat.

 

A l’Université de Strasbourg qui accueille plus de 20% d’étudiants étrangers, les expulsions se multiplient depuis le début de l’année. Elles ont doublé, peut-être triplé. La quinzaine de cas dûment recensés par l’UdS ces dernières semaines ne constitue que la face visible d’une lame de fond qui prend la forme d’une véritable chasse aux étudiants étrangers. D’après une estimation que je pense assez fiable, faite par d’Union des étudiants étrangers de Strasbourg (UDEES), il y aurait aujourd’hui entre 600 et 800 étudiants sans papiers à l’UdS, soit 10% des étudiants étrangers, hors communauté européenne. Alors que la préfecture ciblait prioritairement les étudiants d’origine sub-saharienne et du Maghreb, ce sont désormais toutes les nationalités qui sont touchées : pays du continent américain, Ukraine ou Iran. Des étudiants en difficulté ayant pris du retard dans leurs cursus aussi bien que des étudiants brillants, en master ou même docteurs aspirant légitiment à continuer leurs recherches en France. Mais aussi des étudiants qui doivent financer leurs études, sans aide de l’Etat, parfois vacataires ou en CDD dans les services centraux de l’université.

 

Leila travaillait à la Direction des finances de l’université. Elle souhaitait financer son doctorat. La préfecture lui a refusé son autorisation de travail. Titulaire d’un master elle occupait un emploi de catégorie C. Sur-diplomée. Elle prend la place d’un français. Elle  est contrainte d’abandonner son projet d’études. Ecoeurée elle rentre au pays. Barbarie d’un Etat !

 

Il y a deux semaines, à la fin de l’un de mes cours où j’avais sensibilisé mes étudiants aux risques qu’ils encouraient actuellement, l’un d’entre eux vient me confier qu’il est sans titre de séjour. Un étudiant canadien, brillant, épuisé par le parcours du combattant pour obtenir le fameux sésame. Il commence à avoir peur et je m’en veux presque de l’avoir inquiété. Barbarie d’un Etat !

 

Il y a un mois Adrien m’appelle, effondré. Il vient de recevoir son OQTF. Un mois pour plier bagage. Il est en France depuis 2004, inscrit aujourd’hui en master. Il a toutes ses attaches à Strasbourg. Je le connais un peu : nous avons siégé ensemble au Conseil d’administration de l’UdS. Il a consacré son temps et son énergie au service de la communauté universitaire. Il a lui même aidé et soutenu les étudiants étrangers de Strasbourg en s’investissant sans compter dans une association qu’il a aussi présidée. Sa seule faute est aujourd’hui son engagement, et un peu de retard dans ses études. Adrien est défendu par la présidence de l’université et par la ville de Strasbourg. Le dossier est certainement sur le bureau du Préfet. Mais plus personne n’est sûr aujourd’hui qu’Adrien ne sera pas expulsé. Victime d’une politique du chiffre. Comme tous ses amis, il a peur. Et cette peur est devenue insupportable. Barbarie d’un Etat !

 

Le 13 février nous sommes une cinquantaine de personnels de l’UdS, d’étudiants, de militants syndicaux et associatifs à nous rendre au Tribunal administratif pour soutenir Ansoumane. Il a été arrêté en cité universitaire, avec la collaboration du Directeur du CROUS, Christian Chazal, un haut fonctionnaire qui se dit respectueux de la loi et qui n’a que trois chaises dans son bureau pour recevoir une délégation d’élus. Nous étions neuf. Nous avons refusé de passer par sa petite porte. Ansoumane a été dénoncé par une lettre anonyme. Son ami qui l’hébergeait dans sa chambre universitaire est aujourd’hui sous le coup d’une inculpation pour aide à étranger en situation irrégulière. La solidarité est aujourd’hui un délit. Barbarie d’un Etat !

 

Au mois de décembre dernier je siège en formation de jugement dans la section disciplinaire de l’UdS. Comparaissent des étudiants ayant fraudé aux examens. Plusieurs d’entre eux ont commis des fraudes légères alors que leurs résultats sont bons. Nous nous interrogeons. Un étudiant étranger nous avoue que son titre de séjour a expiré et qu’il craint de ne pouvoir finir son master. Un autre dispose d’un titre encore valide, mais seulement pour quelques semaines. La peur, toujours la peur. La peur de ne pas assez bien réussir ses examens et d’être expulsé. Je me suis demandé ce jour-là qui il fallait juger. Barbarie d’un Etat !

 

Qu’ils s’appellent Adrien ou Ansoumane, Farid ou Leila, tous les étudiants étrangers régulièrement inscrits à l’université doivent être soutenus et aidés avec la même énergie, la même conviction. On ne peut plus accepter des expulsions en cours d’année universitaire. On ne peut plus accepter des autorisations de séjour au compte-goutte. On ne peut plus accepter que des projets professionnels et des vies soient brisés par une politique aveugle. On ne peut pas accepter de voir nos étudiants, ni quelque étranger que ce soit, des femmes et des enfants, croupir dans d’infâmes centres de rétention. Une règle simple doit nous permettre de sortir au plus vite de toute cette barbarie : une inscription à l’université = un titre de séjour. Et pas un titre de six mois ou un an. Un titre de la durée du diplôme!

 

Aujourd’hui la communauté universitaire de Strasbourg, solidaire, inquiète ou indignée, a pris conscience de l’urgence. Une motion a été adoptée par le Conseil d’administration de l’UdS. Elle demande le retrait de la circulaire Guéant. Sur la suggestion des organisations syndicales et des associations étudiantes une cellule de veille et d’alerte sera mise en place, l’équipe administrative chargée du soutien aux étudiants étrangers sera renforcée et une campagne d’information sera faite en direction de tous les personnels et étudiants de l’UdS. Des parrainages seront également mis en place pour aider et soutenir les étudiants, aussi bien dans leur cursus que dans leurs démarches administratives et juridiques. C’est important, mais cela ne suffira pas. En attendant que tout ceci se mette en place, des actions de protestation et des manifestations de soutien aux étudiants étrangers se dérouleront dans les semaines qui viennent. Et nous devons surtout apporter une aide immédiate et concrète à celles et ceux qui risquent d’être expulsés, demain ou après-demain. Nous devons encore alerter massivement nos concitoyens et pour cela nous avons besoin de l’appui des médias. Certains se sont engagés, parfois par un travail remarquable (voir le dossier de Rue89 ici ou une émission de France Culture ).

 

Mais l’urgence humanitaire ne doit pas laisser au second plan la question politique. Car la question est directement politique. Nous le savons tous. Je relève donc pour finir trois faits qui nous mettent face à d’autres figures de l’inadmissible. Ils touchent aux valeurs, à l’éthique et au respect de droits fondamentaux. Il convient certainement de les considérer avec attention.

 

Tout d’abord les autorités préfectorales, appuyées par une loi inique, s’arrogent aujourd’hui le droit de définir et de déterminer seules les critères académiques et pédagogiques qui permettent d’inscrire ou non les étudiants dans nos établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Ceci ne relève en rien de leurs attributions et encore moins de leurs compétences. Le nombre d’erreurs relevées dans les descriptifs des cursus des étudiants et figurant sur les OQTF laisse par ailleurs très songeur. Je n’en dis pas plus.

 

C’est ensuite la mise place, depuis fin 2009, d’une politique incitative, via des primes distribuées selon des critères de performance, qui est éthiquement inadmissible. Un Etat qui attribue secrètement des primes de 40 000 à 60 000 euros à ses Préfets et dont une partie est indexée sur le nombre de reconduites à la frontière (voir ici) souscrit implicitement au principe suivant : de l’argent contre l’avenir et la vie d’étudiants étrangers. Ce principe est innommable.

 

Enfin un Etat qui, mobilisant des centaines de fonctionnaires dans ses préfectures et sa police, préfère dépenser l’argent du contribuable dans une politique d’expulsion massive d’étudiants, au lieu de donner des moyens humains et financiers aux universités pour aider, soutenir et accueillir comme il convient ces mêmes étudiants, cet Etat nous fait sortir des valeurs de la République et de ce qu’on nomme encore la civilisation.

 

Toute cette politique met non seulement en péril nos universités, leur image à l’étranger et leur longue tradition d’accueil, mais elle est encore une menace pour le bien commun, l’intérêt général et la République elle-même. Je ne doute pas qu’il y aura aujourd’hui des femmes et des hommes politiques responsables, des élus, quelle que soit leur appartenance, assez courageux pour dénoncer unanimement un Etat qui fabrique une clandestinité honteuse à des milliers d’étudiants étrangers.

 

En définitive ce qu’il convient aujourd’hui de comprendre et de dire avec vigueur, c’est que l’état sarkoziste, en plus de son mépris pour les Droits de l'Homme, foule aux pieds deux principes fondamentaux : le droit des étudiants étrangers à faire leurs études en France et l’indépendance des universités dans leur politique d’accueil des étudiants. Car, en s’en prenant aux étudiants étrangers, l’Etat s’en prend aux universités et aux universitaires. Réciproquement, toutes les réformes de l’université qui limitent l’indépendance et les libertés académiques des universitaires et des chercheurs s’en prennent directement au principe de l’universalité du savoir et à la liberté d’étude des étudiants étrangers. Il suffit pour le comprendre de se reporter à l’Appel du 23 février dont la dixième proposition est une demande d’abrogation de la circulaire Guéant. La signature de cet appel est ouverte à tous les citoyens.

La suite...

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 12:26
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FSU (SNESUP, SNCS, SNEP, SNASUB, SNETAP) CGT (SNTRS - FERC-Sup - CGT INRA) UNSA (Sup’Recherche - SNPTES - A&I) Solidaires (Sud Recherche EPST - Sud Education - Sud Etudiant) UNEF SLR SLU

ESR : Halte à la politique discriminatoire contre les étrangers

Alors qu’ils représentent 1 étudiant sur 10, les étudiants étrangers ne bénéficient pas du même traitement que les autres étudiants. Ils doivent chaque année demander le renouvellement de leur titre de séjour alors même que les études s’inscrivent dans des cycles pluriannuels. Les étudiants étrangers sont soumis à un double contrôle pédagogique, celui des établissements comme l’ensemble des étudiants, mais également celui des préfectures qui peuvent décider à tout moment de refuser le renouvellement de leur titre de séjour. Une réorientation, ou des résultats moyens sont ainsi interdits aux étudiants étrangers. Alors qu’ils sont confrontés aux mêmes dépenses que tous les étudiants, ils n’ont pas non plus accès au système d’aides sociales. Le gouvernement a décidé de surenchérir sur cette situation déjà très difficile.

 

Le 31 mai 2011, les ministères du Travail et de l’Intérieur ont publié une circulaire visant à restreindre pour les étudiants étrangers la possibilité d’exercer une première expérience professionnelle en France. Suite à la mobilisation de la communauté universitaire et des étudiants, une nouvelle circulaire a été publiée le 12 janvier 2012. Celle-ci ne prévoit que des aménagements à la marge, dans une logique de cas par cas, sans remettre en cause le fond de cette circulaire. A cette circulaire, sont venues s’ajouter depuis le début de l’année universitaire, de nouvelles mesures, rendant plus compliquées les conditions d’accueil et d’étude des étudiants étrangers :
- Le décret du 6 septembre 2011, qui augmente de 35% les ressources mensuelles exigées pour un titre de séjour (620 euros contre 460 euros auparavant), soit beaucoup plus que ce que possède la grande majorité des étudiants.
- La loi de finances 2012 qui multiplie par 4 au moins le coût du renouvellement du titre de séjour pour les diplômés qui souhaitent changer de statut (entre 200 et 358 euros contre 55 à 70 euros auparavant).

Les étudiants ne sont pas les seuls à être confrontés à ces difficultés administratives qui créent artificiellement des personnes en situation irrégulière ou entravent la vie professionnelle de personnels de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Nombre d’enseignants, de chercheurs et de personnels se voient également refuser le droit de venir en France ou sont menacés de devoir quitter le territoire durant une année universitaire par des Obligations de Quitter le Territoire. Cette politique discriminatoire est en totale contradiction avec la tradition d’ouverture de l’enseignement supérieur et le discours du MESR d’attractivité internationale de nos établissements et organismes de recherche. Les étudiants ainsi que les enseignant-chercheurs et personnels étrangers représentent une richesse inestimable pour le service public d’enseignement supérieur et de recherche, ainsi que pour la société.

 

Les organisations signataires refusent que des étudiants interrompent leurs études à cause d’une décision administrative ou que des enseignants et des chercheurs, régulièrement embauchés ou invités, ne puissent travailler dans nos établissements faute de visa ou de renouvellement de carte de séjour. Elles rappellent leur attachement à un service public d’enseignement supérieur et de recherche ouvert à tous, à toute la richesse des participations multiples et qui respecte le principe d’égalité, quelle que soit l’origine sociale ou la nationalité des étudiants et des personnels.

 

Les organisations signataires exigent l’arrêt de cette politique discriminatoire et la mise en œuvre de mesures en faveur des étudiants étrangers. Elles revendiquent :
- Le retrait des circulaires Guéant du 31 mai 2011 et du 12 janvier 2012, du décret du 6 septembre 2011 ainsi que l’augmentation des taxes sur les changements de statut ;
- L’ouverture de tout le système d’aides sociales aux étudiants étrangers ;
- Une carte d’étudiant doit être égale à un titre de séjour ;
- Le droit, pour les personnels de nationalité étrangère, d’exercer leur profession sans entraves administratives concernant l’obtention de papiers.

 

Les organisations signataires appellent les personnels et les étudiants à organiser des cadres de solidarité au sein des établissements pour soutenir les étudiants et personnels mis en « situation irrégulière » et intervenir pour stopper les opérations d’expulsion programmées.

 

Signataires : FSU (SNESUP, SNCS, SNEP, SNASUB, SNETAP) - CGT (SNTRS - FERC-Sup - CGT INRA) - UNSA (Sup’Recherche - SNPTES - A&I) - Solidaires (Sud Recherche EPST - Sud Education - Sud Etudiant) - UNEF - SLR - SLU

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 17:30
C03-03

 

La Coordination Nationale des Universités,

La Coordination Nationale de la Formation des Enseignants,

Sauvons la Recherche,

Sauvons l’Université !

 

ont le plaisir de vous inviter à un grand rassemblement constructiviste de l’Enseignement supérieur et de la recherche


 

Samedi 10 mars à 14h,

place de la Sorbonne

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 17:38

In Libération 5/3/2012

 

Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry (Montpellier-III), fut l’une des figures de pointe du mouvement de grève en 2009. Membre du bureau de la Conférence des présidents d’université, elle a publié une «lettre ouverte à François Hollande», aujourd’hui cosignée par de nombreux universitaires, où elle fait part de «sa colère» devant la faiblesse des propositions pour l’université du candidat socialiste à la présidentielle.

Votre lettre à François Hollande est très virulente. Pourquoi tant de colère ?

La virulence de mon interpellation de François Hollande est à la mesure de ma colère contre la politique du gouvernement. Les électeurs qui votent socialiste - j’en fait partie - n’ont pas envie d’entendre un discours lénifiant, dans la continuité directe de ce qui s’est fait sous Nicolas Sarkoy. Le parti de François Hollande et ses électeurs se sont battus contre la LRU [loi sur l’autonomie des universités, ndlr], et les autres décisions néfastes, comme la réforme de la formation des enseignants. Or, et hélas, dans le discours de François Hollande, du moins au moment où j’ai écrit cette lettre, on n’entendait pas cette voix-là, mais la simple évocation d’une réforme de certains aspects de la LRU, voire «l’accélération» du financement des projets dits d’excellence.

Est-ce là ce que l’on doit mettre en premier dans un programme de gauche ? Comme le montrent les réactions des collègues à cette lettre, nous sommes nombreux à ne pas rechercher un vote seulement utile pour changer de président de la République, mais utile aussi pour le programme de gauche que nous voulons défendre.

Nicolas Sarkozy prétend avoir accompli «un effort historique en faveur des universités», vous le qualifiez de «duperie», pourquoi ?

Le discours tenu depuis 2007 par le pouvoir politique prétend que l’université aurait bénéficié d’une douche de milliards. La réalité est autre. Après une première année, en 2007-2008, où il y a eu un véritable effort en faveur des universités, nous sommes passés dans un univers aberrant, où la compétition entre universités est devenue le seul mode d’accès aux financements nécessaires. Lesquels financements ne prenaient pas la forme de crédits réels, mais d’emprunts d’Etat et de dotations en capital, dont seuls les intérêts, après ces compétitions, seraient réellement disponibles. Le résultat ? Cet argent n’est pas arrivé dans les universités. Et Nicolas Sarkozy laisse non des campus rénovés, mais des dettes ! Et plusieurs universités sont en grandes difficultés financières pour leurs dépenses courantes, portant sur les missions essentielles de formation et de recherche.

Le gouvernement a accentué les inégalités de financement entre universités, votre colère n’est-elle pas celle des perdants d’une compétition ?

Non. Si l’on excepte la région parisienne, Montpellier est troisième, derrière Grenoble et Aix-Marseille, en financements de type Laboratoires et Equipes d’excellence. Ma position est de principe : il ne faut pas financer l’enseignement supérieur de cette manière-là, subordonner le financement correct de telle ou telle université au grave sousfinancement de telle autre. Notre système d’enseignement supérieur doit offrir une cohérence, elle ne peut surgir d’un tel mécanisme d’exclusion qui débouche sur huit sites, les Initiatives d’excellence (Idex), dont trois à Paris intra-muros. L’absurdité du système éclate lorsque, dès la publication du palmarès, le Premier ministre le corrige en affirmant… qu’il y aura quelque chose en plus pour Lyon. Bien sûr, est-il possible de ne pas financer au mieux l’enseignement supérieur dans la troisième agglomération du pays ?

Allez-vous demander l’abrogation de la LRU, et en faveur de quelle alternative ?

Je ne suis pas certaine que l’on puisse abroger la loi, mais il faudra au minimum la réformer profondément. Mais je ne veux pas entendre Nicolas Sarkozy dire que l’autonomie des universités est la plus grande victoire de son quinquennat. Après une vive résistance, nous avons bien été obligés de céder devant la force. L’autonomie imposée par le pouvoir, c’est surtout un transfert de charges non totalement compensé, qui aboutit à des impasses financières, et non l’autonomie scientifique et pédagogique que nous recherchons et que nous avions déjà, en tant qu’universités d’Etat.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 17:31

In Sciences2

 

 

Ce soir François Hollande va tenter de résoudre un «problème de compréhension», avance Vincent Peillon, le responsable du pôle éducation, enseignement supérieur et recherche du candidat socialiste.

 

Dans son discours à Nancy, et lors de son déplacement dans les Vosges, il doit exposer son programme sur l’Université et la recherche qui fait l’objet d’un vif débat, à gauche et entre universitaires et scientifiques.

François Hollande devrait annoncer la tenue d’assises, débouchant «dès l’automne» espère Peillon sur une nouvelle «loi-cadre» pour l’enseignement supérieur, à la place de la LRU votée en 2007. Mais aussi la création de «5.000 postes en cinq ans», la réforme du Crédit d’Impôt Recherche pour le conditionner à l’embauche de titulaires d’une thèse, le «rééquilibrage» des crédits entre les appels d’offres (Agence nationale de la recherche) et les crédits de base des laboratoires…

Cela suffira t-il à rétablir la confiance entre le candidat socialiste et ce milieu peu nombreux mais influent ? Pas sûr. Les origines du fameux «problème de compréhension» sont profondes. Elles se traduisent par des paroles vives de la part des universitaires et scientifiques qui se sont mobilisés lors du mouvement de 2009, la plus longue grève d’universitaires depuis 1968.

 

Anne Fraïsse, présidente de Montpellier-3, écrit une lettre salée à Hollande . Les animateurs du mouvement de 2009, soutenus par Sauvons l’Université et Sauvons la Recherche, expriment dans «L’Appel du 23 février» leur volonté de voir les revendications de 2009 écoutées par le pouvoir politique.

 

Cet après-midi, à l’Institut Cochin, une brochette d’universitaires et de scientifiques fera la promotion du texte de deux neurobiologistes, Yehezkel Ben-Ari, grand prix de l’Inserm et Joël Bockaert, de l’Académie des sciences, qui réclame la mise à bas de l’ensemble des réformes sarkozystes. Le C3N (le Comité national du Cnrs et ses conseils scientifiques) déclare: «Contrairement à ce que disent François Hollande et Nicolas Sarkozy, la réforme de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche n’est pas une réussite !».

Pourquoi «nous prête t-on des propos qui ne sont pas les nôtres?», s’interroge Peillon. Qui affirme avoir été «choqué par la lettre d'Anne Fraïsse, les gens ne s'écoutent plus, il y a des préjugés. Il faut dépasser cela, retisser les liens après les traumatismes.» Les traumatismes ? Peillon précise: «je suis frappé de voir à quel point le milieu est profondement atteint, y compris dans son intégrité morale, sa vocation, par les réformes et le discours de Sarkozy, les mécanismes de mise en concurrence qui ont créé aussi des fractures en fonction des positions des uns et des autres dans le nouveau système. Il faut reconstruire de la cohesion, au bénéfice du plus grand nombre». Reformes

  

L'analyse de Vincent Peillon n'est pas fausse. Mais très incomplète, voire un peu faux cul. C’est le résultat des divisions qui ont traversé la gauche - les positions du PCF, du parti de gauche et des écologistes ont été beaucoup plus nettes dans leur soutien au mouvement de 2009 et la dénonciation des structures mises en place par le pouvoir -  mais aussi le PS, les universitaires et scientifiques durant cinq ans.

 

Des universitaires, proches ou membres du PS, n’ont pas caché qu’ils partageaient certaines réformes. Le premier directeur de cabinet de Valérie Pécresse, Philippe Gillet qui  a joué un rôle important dans le jury des IDEX, ne s’était-il pas engagé pour Ségolène Royal ?

 

Les annonces de «milliards supplémentaires», à distribuer par des appels d’offres compétitifs, avec gagnants et perdants, ont certes opposés ceux qui espéraient faire partie des premiers - les universités «intensives en recherche» - et les autres - les petites, les sciences humaines et sociales, les producteurs d’une recherche plus éloignée de la valorisation économique.

 

Mais certains socialistes confiaient, in petto, que la LRU, la réforme de la gouvernance des universités, la politique de concentration des financements... ils n'étaient pas contre. Le discours déprisant la recherche et l'université avait un fort écho. Il y avait une base objective à cette réaction. Comme je l'ai écrit en 2009, ne pas avoir réformé à gauche l'enseignement supérieur entre 1997 et 2002 ouvrait grande l'autoroute à des réformes de droite car elles pouvaient s'appuyer sur des problèmes réels non résolus (premiers cycles, carte universitaire, relations avec les organismes de recherche, gouvernance...) et prétendre s'y attaquer.

 

La suite...

 

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 20:51

In Le PlusObs

 

LE PLUS. Vous souvenez-vous ? La réforme de l'autonomie des universités, proposée par Nicolas Sarkozy au début de son mandat, avait suscité un tollé auprès des universitaires et des étudiants. Trois ans après, Guillaume Tronchet, enseignant-chercheur et militant socialiste, revient sur cette loi polémique et fait le bilan.

Voilà des mois qu'on nous le dit, qu'on nous l'écrit, qu'on nous le rabâche, au cas où la chose ne s'imposerait pas encore à nous comme une évidence : s'il y a bien une réforme que Nicolas Sarkozy a réussi, c'est celle des universités.

 

Des étudiants manifestent à Rennes leur opposition aux reformes de l'enseignement (université et statut des enseignants chercheurs), le 05 mars 2009 (F.LEPAGE/SIPA)

Des étudiants manifestent à Rennes leur opposition aux reformes de l'enseignement le 05/03/2009 (F.LEPAGE/SIPA) 

 

Autrefois, il y avait de l'échec massif en premier cycle, nos enseignants-chercheurs étaient fainéants pour la plupart, et jamais évalués, au détriment de la place de la France dans les classements internationaux. Nos universités et nos laboratoires disposaient de peu de moyens. À partir de 2007, tout a changé : réforme de l'autonomie des universités, révision par décret du statut des enseignants-chercheurs, Plan Campus à 5 milliards, investissements d'avenir de 22 milliards, 3,5 milliards de plus pour le Crédit Impôt Recherche, Plan Licence... 


Jamais, dit-on, pareil effort n'aura été fourni en faveur de l'université et de la Recherche. Le résultat serait là, incontestable : "nos universités ont enfin les armes pour décoller", se félicite le magazine "Capital" de mars 2012, quand la députée UMP Françoise Guégot y va, dans "Libération", elle aussi de son satisfecit : "nul ne peut nier le succès de la réforme de l'autonomie des universités".

Bref. La messe semble dite.

 

Le vrai bilan de Nicolas Sarkozy

 

Pourtant le véritable bilan du président de la République est moins glorieux. J'ai relevé neuf points sur lesquels Nicolas Sarkozy ne peut, en aucun cas, se vanter. 

 

1. On compte aujourd'hui 50% d'échec pour les étudiants en premier cycle (et 90% d'échec pour les étudiants issus de bacs professionnels), tandis que le "Plan Licence" a été sévèrement épinglé par la Cour des comptes, qui ne se satisfait "ni des conditions hâtives dans lesquelles les crédits ont été alloués, ni des modalités sommaires qui ont présidé au suivi de leur emploi, ni enfin, du défaut d'évaluation de leur impact".

 

2. Les "universités autonomes" de la loi LRU n'ont pas reçu les moyens financiers de leur autonomie au point que certaines d'entre elles sont aujourd'hui en grande difficulté et ont été placées sous tutelle de l’État quand d'autres, faute de moyens, ont été obligées de sous-traiter une partie de leurs activités, jetant dans la précarité des milliers de salariés parmi les personnels administratifs, techniques, d'encadrement et de surveillance.

 

3. Des milliers de postes ont été gelés à l’université et dans la Recherche quand, dans le même temps,ont été créé des dizaines de milliers d'emplois précaires, dont 15.000 par l'Agence nationale de la Recherche (ANR) à destination de docteurs de plus de 30 et 35 ans, sur-diplômés précaires et sous-payés.

 

4. La formation des enseignants a été supprimée, comme si enseigner à nos enfants n'était pas un métier qui devait s'apprendre.

 

5. Les 22 milliards annoncés dans le cadre du Grand Emprunt sont un trompe-l’œil : ils ne seront pas réellement affectés aux universités. Ce sont les intérêts (environ 3%) de cet emprunt qui le seront. C'est un peu comme si votre banquier se félicitait partout de vous avoir accordé un prêt de 10 000 euros pour monter votre entreprise alors que vous ne perceviez en réalité que 3% de cette somme, soit 300 euros !

 

6. La politique des investissements d'avenir n'a concerné qu'un tout petit nombre d'universités, selon de graves inégalités territoriales : le Nord, l’Ouest et le Centre de la France ont été les grands oubliés, comme s'il ne pouvait y avoir, là aussi, de grands pôles d'excellence universitaire.

 

7. La France est tombée au 26e rang mondial sur 32 (données OCDE) pour le budget civil de la Recherche.

 

8. Les milliards que coûte le Crédit impôt Recherche ont été détournés au profit des grands groupes, et sans augmentation significative de la Recherche dans les entreprises (d'après le rapport Gilles Carrez, député UMP).

 

9. La circulaire Guéant sur les diplômés étrangers a gravement porté atteinte à l'image et à l'attractivité de la France dans le monde, quand l'augmentation de 30% du montant exigé pour la délivrance d'un titre de séjour étudiant a jeté dans la précarité soudaine des milliers d'étrangers en pleine rentrée universitaire 2011.

 

 Le cas de Yasmine, étudiante algérienne, victime de la circulaire Guéant, Canal +, le 15/11/2011

 

De quoi donner le tournis. On est loin de la "réussite" tant vantée par ce qui relève bel et bien d'une propagande gouvernementale. D'autant qu'on pourrait citer bien d'autres exemples encore !

 

Et François Hollande ?

 

En miroir, les appels à préciser son projet en ce qui concerne l'Enseignement supérieur et la Recherche se multiplient à l'égard de la gauche et de son principal candidat, François Hollande, depuis plusieurs semaines, non sans que - une fois encore - règne une véritable désinformation : face aux appels citoyens des uns et aux lettres quelque peu assassines des autres, "Le Monde" décrivait ainsi ce week-end un camp socialiste "paralysé" qui ne serait "pas la hauteur des enjeux". Qu'en est-il réellement ?

 

François Hollande - qui s'était déjà exprimé lors de la primaire socialiste sur les questions universitaires et scientifiques (qu'on le relise !) - précisera le 5 mars prochain à Nancy son projet pour l'enseignement supérieur et la Recherche. Il n'est pas acceptable de lui prêter des propos qu'il n'a jamais tenus.

 

En attendant le 5 mars, et au-delà des vaines polémiques autour de celui ou de celle qui serait le conseiller pro-LRU ou anti-LRU le plus proche du candidat, prenons acte de ce qui seul fait foi pour l'heure, les déclarations des représentants du candidat Hollande : Vincent Peillon, qui a livré pour la première fois une feuille de route précise à ce sujet devant un parterre de jeunes chercheurs le 17 février dernier ; Jean-Yves Le Déaut, qui a accordé un entretien spécifique à l'AEF la semaine dernière. Que disent-ils en substance ?

 

L'Enseignement supérieur et la Recherche : les 3 objectifs du PS

 

Première priorité : la réussite des étudiants, dont on parle finalement trop peu quand on parle d'université. Sont projetés un "service public de l'orientation", des "bureaux d'insertion professionnelle dans les universités dotés de compétences et de moyens", une "réforme des premiers cycles" qui passera par un "encadrement" renforcé, des "pédagogiques adaptées à la diversité des étudiants" et une plus grande progressivité des formations, enfin des "places réservées dans les STS et les IUT" pour les lycées professionnels et technologiques.

 

Un "plan national pour la vie étudiante" sera par ailleurs lancé, qui prévoit "40 000 nouveaux logements", "des mesures sur les loyers" et la "création d'une allocation d'études supérieures et de formation sous condition de ressources", tandis qu'on annonce la mise en place (déjà évoquée par François Hollande à Orléans le 9 février dernier) de "pré-recrutements" au cours de la Licence pour accéder au métier de professeur. Enfin, dans le cadre d'une politique à destination des étudiants étrangers, la "circulaire Guéant sera "abrogée définitivement".

 

Deuxième objectif : restaurer la confiance avec le monde des universités et de la Recherche après cinq années de réformes conduites au pas de charge le plus souvent sans réelles négociations. Vincent Peillon a expliqué que la LRU serait "remplacée" par une "loi-cadre", précédée "d'assises nationales de l'enseignement supérieur et de la Recherche". Il ne s'agit pas de contrevenir au principe "d'autonomie" mais de lui redonner au contraire tout son sens, notamment par une réforme des principes de gouvernance dans un sens "plus collégial, plus démocratique" (avec notamment la "reconnaissance de la représentation des jeunes chercheurs dans les collèges académiques") et dans "le respect des libertés académiques".

 

Ces changements annoncés auront également vocation "à simplifier le paysage de l'enseignement supérieur devenu illisible par l'accumulation de nouvelles structures". Le modèle privilégié sera celui de "la coopération et des réseaux maillant le territoire".

 

En matière budgétaire, il y aura "un audit sur la situation financière des universités et des organismes" ainsi que sur les financements des investissements d'avenir et du Plan Campus. Les crédits promis seront versés. Il sera ensuite tenu compte "du principe de compensation" pour les universités, tandis que "les fonds des initiatives non-engagés devraient renforcer des secteurs qui n'ont pas bénéficié des résultats des investissements d'avenir" afin de lutter contre "la désertification scientifique de certains territoires".

 

Les missions de l'ANR seront "recentrées sur les priorités nationales, les projets émergents et les projets interdisciplinaires", et "la place de l'unité mixte de Recherche comme élément structurant de la Recherche universitaire" sera réaffirmée.

 

Troisième axe : les conditions de travail des personnels, à commencer par les enseignants-chercheurs, dont "les tâches pédagogiques devront être mieux reconnues, encouragées et valorisées dans les déroulements de carrière".

 

 François Hollande revient sur son projet en matière d'éducation, France 2, le 14/09/2011
 
 
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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 09:59

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In Sciences2

 

Issus pour la plupart du mouvement de protestation des universitaires en 2009, un collectif vient de publier un texte baptisé de son jour de parution.

 

Cet Appel du 23 février reprend les thèmes de ce mouvement, critique vigoureusement la politique de Nicolas Sarkozy et montre qu'une bonne part des universitaires et des scientifiques ne se satisferont pas d'un simple replâtrage ni d'un simple rattrapage financier.

 

Sans le dire, il vient en réalité s'inscrire dans le débat à gauche sur la politique universitaire à conduire dans le cadre de l'alternance politique qui se profile. Faut-il corriger à la marge ou tout reprendre à zéro ? Faut-il octroyer quelques sous ou investir massivement dans l'enseignement supérieur ? Faut-il conserver les cadres législatifs issus des réformes conduites par la droite au pouvoir depuis dix ans ou en faire voter d'autres?... Autant de questions qui soulèvent des désaccords entre le PS, le Front de gauche, les écologistes mais qui traversent également la communauté universitaire et scientifique.

 

Ainsi, quatre responsables d'EELV, dont la sénatrice Marie-Christine Blandin et l'ex-vice président du CRIF (Conseil régional d'île de France) Marc Lipinski viennent de signer une tribune dans Le Monde qui appelle à une «refondation du système français de recherche».

 

 


 

Appel du 23 février 2012 Cet appel concerne tous les citoyens.


Appel de l’Enseignement supérieur et de la Recherche aux candidats à l’élection présidentielle et aux citoyens


L’actuel gouvernement présente la réforme de l’Université comme l’une des grandes réussites du quinquennat. Il prétend avoir donné aux universités leur autonomie, avoir fait, en faveur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « des efforts financiers sans précédent », avoir engagé une politique de l’excellence qui commencerait à porter ses fruits au niveau international et avoir réformé la formation des maîtres pour parvenir à une « meilleure formation des enseignants ».

Tout cela est faux !

Vous avez dit « autonomie » ?

- Les universités subissent une tutelle du Ministère toujours plus tatillonne et dépendent de plus en plus de financements privés et d’impératifs de rentabilité immédiate. L’attribution des crédits récurrents de l’État est toujours aussi parcimonieuse et opaque. Et les « Responsabilités et Compétences Élargies » imposées aux universités ne contribuent en rien à leur autonomie puisque l’État leur délègue de nouvelles charges financières sans les compenser.

- Alors que le gouvernement affiche l’Enseignement comme secteur prioritaire, aucun poste d’enseignant n’a été créé dans le supérieur depuis 2008. Le budget des universités, hors inflation, est en baisse d’environ 1 %. La liste des universités en déficit structurel ne cesse de s’allonger, imposant à l’État une mise sous tutelle contraire à l’autonomie qu’il prétend donner. Partout le développement des emplois précaires sert de variable d’ajustement à des budgets très contraints.

- L’indépendance scientifique et les libertés académiques des universités, des enseignants-chercheurs et des chercheurs ne sont plus respectées.

 

Vous avez dit « excellence » ?

- Le culte de l’excellence – mot magique jamais défini – ne peut faire oublier comment la recherche est malmenée dans notre pays : diminution des financements récurrents des universités et des organismes de recherche (jusqu’à – 90 % dans certains laboratoires), suppression de 10 % des emplois administratifs du CNRS, sans lesquels les chercheurs ne peuvent travailler.

- L’application de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) ravale des établissements de recherche comme le CNRS ou l’INSERM, que le monde entier nous envie, au rang de simples « agences de moyens ».

- Pour faire remonter les universités dans des classements internationaux aux critères très discutables, le gouvernement a poussé aux regroupements en tous genres. Cette course au gigantisme a fait naître un système à plusieurs vitesses. Les disparités entre universités se creusent et menacent les équilibres inter et intra-régionaux, obligeant les étudiants à une mobilité qui pénalise les moins favorisés.

- Une concurrence généralisée s’est instaurée, entretenue par deux agences de pilotage et d’évaluation très coûteuses, au fonctionnement opaque : l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES). Les universitaires et les chercheurs gaspillent désormais une part considérable de leur temps à rédiger rapports d’activité, dossiers de demande de financement et appels à projets, au détriment de leurs missions fondamentales de recherche et d’enseignement.

 

Vous avez dit « une meilleure formation des enseignants » ?

- Des rapports de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes l’ont désormais établi : la réforme de la formation des enseignants des premier et second degrés est un échec flagrant.

- Elle aura finalement provoqué la chute du nombre de candidats aux concours, le démantèlement ou l’affaiblissement des IUFM et la désorganisation des UFR, l’augmentation du nombre d’enseignants précaires, et conduit de jeunes professeurs à exercer à temps plein sans formation professionnelle suffisante.

 

Nos concitoyens doivent savoir que le monde de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est au bord de l’asphyxie.

 

C’est pourquoi nous, enseignants-chercheurs, enseignants et chercheurs, bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé, étudiants, lançons un appel solennel pour que soit mis un terme à toutes ces réformes, dont les effets sont dévastateurs.

 

Nous demandons une nouvelle politique pour l’Enseignement supérieur et la Recherche, en rupture avec les réformes destructrices que nous subissons depuis des années. Celle-ci devrait reposer sur les dix principes et objectifs suivants :

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 19:37

sarko3

 

In Libération 14/02/2012

 

Par DOMINIQUE GILLOT Sénatrice (PS) du Val-d'OIse, rapporteure du budget de l'enseignement supérieur, ancienne ministre

 

Affichée comme une réforme phare de son mandat, la politique universitaire de Nicolas Sarkozy est plutôt le symbole de ses reniements, de ses mensonges et de ses échecs. Alors que le gouvernement se vante d’avoir sanctuarisé le budget de l’enseignement supérieur, la vérité doit être rétablie.

 

Nicolas Sarkozy affirme que le budget de l’enseignement supérieur n’a cessé de progresser. C’est faux. Avec une démographie étudiante en progression et de nouvelles obligations contractuelles, la croissance réelle de ce budget n’est que de 373 millions d’euros en 2012, alors que le candidat Sarkozy promettait de l’accroître d’un milliard par an. L’augmentation de la dotation de fonctionnement des universités (46 millions d’euros) est inférieure à l’inflation et débouche sur un gel des recrutements, voire une suppression de postes. Alors que le gouvernement affirme avoir préservé l’université de la suppression d’un poste de fonctionnaire sur deux partant à la retraite, certaines évaluations évoquent le chiffre de 1 000 postes ainsi gelés. C’est bien là le nœud du problème : les difficultés rencontrées par les présidents d’université dans le passage aux «responsabilités et compétences élargies», autre nom de l’autonomie, sont clairement cristallisées autour de la masse salariale. De nombreux paramètres décidés sur le plan national (politique de promotion, recul du départ à la retraite…) échappent à la maîtrise budgétaire des responsables d’université. Face à cette situation, le gouvernement a daigné autoriser une dépense supplémentaire de 14,5 millions d’euros, pris sur d’autres lignes budgétaires non identifiées. Il ne s’agit pas de crédits supplémentaires.

 

Sarkozy affirme avoir rendu les universités autonomes. C’est faux. Ceux qui s’étaient opposés à une vision de l’autonomie se contentant de transférer des compétences sans moyens suffisants ont été qualifiés d’archaïques. Mais la sentence est lourde : après avoir constaté pour la deuxième année consécutive un budget en déficit, trois établissements seront placés sous tutelle du rectorat. Il faut bien comprendre que la réforme «vertueuse» de l’autonomie des universités accentue les inégalités territoriales de l’enseignement supérieur en sanctionnant les universités de «territoire» qui doivent assumer des charges dont l’augmentation n’a été ni prévue ni compensée par l’Etat.

 

Sarkozy se vante d’avoir amélioré les conditions de vie des étudiants. C’est tragiquement faux. La communauté étudiante, en croissance de 1,7% à la dernière rentrée, est en voie de paupérisation accélérée. La mise en place du dixième mois de bourse, juste prise en compte de la durée de la scolarité, occulte la baisse d’autres dispositifs comme le fonds national d’aide d’urgence ou les aides à la mobilité internationale. Faute de moyens, on s’interroge sur la capacité des Crous à répondre aux besoins de logement étudiant, l’engagement de réhabilitations ou de constructions est insuffisant. Les retards accumulés devraient repousser l’atteinte de ces objectifs à 2016. Pour compenser la baisse de leurs marges de fonctionnement, les Crous devront augmenter les loyers dans les résidences étudiantes.

A cela s’ajoute le doublement de la taxation des complémentaires santé, applicable aussi aux mutuelles étudiantes, que la majorité de gauche du Sénat avait supprimé mais que la droite a rétabli. Quand on sait que 19% des étudiants n’ont pas de complémentaire santé - contre 6% de la population générale - et que 34% renoncent à des soins… Quant à «l’opération campus», destinée à offrir aux étudiants de meilleures conditions d’études, elle s’enlise. Un rapport de l’Assemblée, élaboré par une mission composée de députés de droite et de gauche, a constaté que seulement 1% des crédits alloués avaient été dépensés. On est loin des campus à l’américaine que le candidat Sarkozy exaltait en 2006-2007 !

 

Sarkozy se vante d’avoir rendu nos universités attractives à l’international. C’est archifaux. Ne serait-ce qu’à cause de l’impact désastreux de la circulaire Guéant qui s’attaque aux étudiants étrangers. Cette stigmatisation, traduite par une application administrative abusive, est contraire à l’esprit de la loi de 2006, défendue par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, qui n’est pas à un reniement près. La schizophrénie du gouvernement est préoccupante : alors qu’il cherche à promouvoir les intérêts de nos industriels en Asie, invitant la Chine à racheter une partie des dettes publiques européennes, il n’hésite pas à mettre en œuvre une politique de restriction des flux migratoires à l’égard des élites des pays émergents, condamnant la France à rétrécir dans l’imaginaire de la communauté internationale.

En dépit d’une campagne qui fait monter de nombreux ministres en ligne, les faits sont têtus : le bilan de la politique universitaire de Sarkozy est catastrophique. Il faut d’autres choix pour notre pays, pour son avenir et pour sa jeunesse. Il faut rattraper le temps perdu et construire une société de la connaissance porteuse de développement économique, de cohésion sociale et de confiance dans l’avenir. Il faut sortir du mensonge.

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 17:47

 

In Médiapart

 

Proposée par deux groupes de réflexion (Terra Nova et l'Institut de l'entreprise) l'été dernier, la hausse des droits d'inscription à l'université est revenue sur le tapis cette semaine à l'occasion du colloque de la Conférence des présidents d'université (CPU) qui se tient à Marseille jusqu'au 10 février 2012. Dans un entretien aux Echos le 8 février, son président, Louis Vogel, évoque une augmentation de la contribution des étudiants, associée à une refonte du système des bourses et de la fiscalité : « On peut imaginer des systèmes de financement différents entre les premières et les dernières années d'études, avec une répartition différente de l'investissement de l'Etat, plus fort au départ, et de l'investissement de l'étudiant, plus fort en fin d'études, explique-t-il. Il faudrait aussi une progressivité des droits. Les Français n'accepteront d'augmenter leur contribution financière qu'à la condition que l'on répartisse plus équitablement la charge. »

 

Dans une étude commandée par la CPU, l'Insee s'est penchée sur ces différents scénarios, dont un quadruplement des frais d'inscription (l'étude de l'Insee et la synthèse de la CPU). Chargé du sujet à la CPU, Jacques Fontanille, président de l'Université de Limoges, estime que cette augmentation « n'est pas une priorité ». Entretien.

La CPU envisage une hausse des frais d’inscription ?
Pour nous, c’est un sujet vraiment marginal. Je pense que les propos de Louis Vogel ont été mal compris. Certes, une augmentation des frais d’inscription apporterait une contribution importante au budget des universités, mais le prix à payer serait trop important. Dans la situation actuelle de très grande inégalité d’accès à l’enseignement supérieur et de précarité d’une partie des étudiants, augmenter les frais d'inscription serait indécent. La priorité est d’abord de traiter cette situation sociale.

Et conjoncturellement, ce serait un très mauvais signal. C’est le pire moment pour envisager une hausse des frais d’inscription. Dans une période où l’Etat n’est pas en mesure d’augmenter sa dotation, cela passerait pour un transfert de charges. Il ne s'agit surtout pas de compenser un désengagement de l'Etat !

Louis Vogel évoque pourtant une progressivité des frais d'inscription, il s'agirait d'aligner les frais sur les revenus de l'étudiant et de sa famille ?

Non, il s'agit de penser différemment le financement des licences et des masters. L'idée serait de conserver les droits d'inscription actuels au niveau licence et de les augmenter au niveau master, en offrant, en contrepartie, plus de bourses sociales, de bourses au mérite, voire des prêts.

En France, nous avons un modèle d'aides reposant sur le passé de l'étudiant et non sur son avenir. En Australie par exemple, les étudiants peuvent avoir des prêts à remboursement contingent. Le remboursement ne se déclenche qu'au moment où le jeune atteint un certain seuil de revenus. Cela n'a encore jamais été expérimenté en France. Mais, encore une fois, ce n'est pas du tout notre priorité à l'heure actuelle.

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 20:40

In Sciences2

 

Fraisse hollandeAnne Fraïsse, la présidente de l'Université Montpellier-3, vient d'envoyer une lettre salée à François Hollande.

 

Elle y exprime «sa surprise et sa colère devant les orientations» que le candidat du Parti Socialiste a laissé paraître concernant sa politique pour la recherche et l'enseignement supérieur. Je publie cette lettre ci-dessous.

 

Anne Fraïsse fait partie de ces universitaires courageux qui se sont opposé avec vigueur aux actions gouvernementales lors de la grande crise de 2009. Elle était à la tribune (photo) d'une réunion ardente à la Sorbonne, le 9 février 2009. Meeting sorbonne

 

Aux côtés de George Molinié (Président de Paris-4 Sorbonne), Jean-Loup Salzmann (Président de Paris-13), Bernadette Madeuf (Présidente de Paris-10 Nanterre), Cafer Ozkul (Président de l'université de Rouen), Marie-Christine Lemardeley (Présidente de Paris-3), Claude Condé (Président de l'université de Besançon), un vice-président de Grenoble-3 et du président de l'INALCO (Langues orientales), Jacques Legrand.

 

Cette lettre confirme ce que le blog {Sciences²} affirmait déjà ici : il y a un débat à gauche, un vif débat, sur ce que doit être la politique à conduire après dix ans de pouvoir de la droite. Une droite qui, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy qui avait confié le travail à Valérie Pécresse - récompensée pour l'avoir mené au bout par le poste de ministre du budget - a transformé le paysage de l'Université, de l'enseignement supérieur et de la recherche publique. 09

Cette transformation n'était pas - à mon sens - la "casse" que certains dénoncent. Les budgets n'ont pas été massacrés, comme ils l'ont été sous Chirac. Certains sujets - la carte universitaire, les premiers cycles, le lien entre universités et grandes écoles, les relations entre organismes de recherche et universités, la formation des enseignants, la gouvernance du système... - ont d'autant plus été la cible de réformes de droite qu'ils n'avaient pas bénéficié de réformes de gauche pour attaquer des problèmes objectifs et réels.

 

La réorientation n'en a été que plus profonde. Et le désarroi d'autant plus grand chez les acteurs : scientifiques, chercheurs, enseignants du supérieur, tiraillés entre le refus sans nuance, le "béton" comme on dit au syndicat, et la peur de tout perdre, pour eux, leur labo, leur établissement s'ils ne s'inscrivaient pas dans le mouvement des réformes.

 

Avec l'alternance politique qui se profile que faire ? Faire comme s'il n'y avait pas de débat sur la manière de s'y prendre, sur le destin des regroupements entre établissements dont les vices ne vont pas sans vertus, sur le mode de financement des nécessaires investissements et rénovations massifs sur les campus, sur les objectifs à assigner au système d'enseignement supérieur et à ses diverses composantes, faire enfin comme si les contradictions d'intérêts entre acteurs n'existaient pas ? Comme si de nombreux maîtres de conférence ne rêvent pas de ne plus voir d'étudiants de premier cycle ? Ce serait une lourde faute. Il faut conduire ce débat, ces débats. Sortir du flou.

Voici la lettre d'Anne Fraïsse. Elle est ici en pdf.

 

Fraisse-1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fraisse-2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fraisse-3

 

 

 

 

 

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