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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 13:15
   

Autant le dire d’entrée : l’école dans laquelle j’interviens est plutôt exemplaire dans la mise en place de la réforme des rythmes scolaires. Après une rentrée laborieuse, les responsables éducation ville (REV) ont bien huilé le fonctionnement pour arriver aujourd’hui à une certaine normalité. Finies les mauvaises surprises, les informations de dernières minutes, les adaptations conséquentes. Maintenant, j’arrive assez serein, sachant à quelle sauce je serais mangé.

Making of

Depuis la rentrée, Joachim L. est intervenant sportif dans l’école primaire publique Porte d’Ivry, à Paris. Il travaille dans cette école le mardi et le vendredi, de 15 heures à 16h30 auprès de CE2, CM1 et CM2. Joachim livre dans ce témoignage son expérience.

Depuis septembre 2013, l’emploi du temps des écoliers parisiens, comme dans d’autres communes, repasse à quatre jours et demi. En fin d’après-midi, ils peuvent faire du théâtre, de la lecture, du sport ou des ateliers manuels.

Et pourtant, j’y vais toujours à reculons, sans aucun plaisir ni aucune illusion. Il y a dans mon attitude, à la fois un souvenir amer de cette rentrée précipitée qui nous a tous mis au bord du précipice et une absence totale de perspectives positives quant à l’utilité et au bien-fondé de mon action et de cette réforme en général.

Comment a-t-on pu la mettre en œuvre avec si peu d’anticipation et autant d’amateurisme ? Je ne suis arrivé dans ce processus que dans sa phase d’application, n’ayant jamais pris part à la phase préparatoire. Je n’ai pu que subir, comme un soldat jeté au front dans une bataille mal préparée, pour ne pas dire perdue d’avance.

Quel manque de respect, quand j’entends tous ces politiques et bureaucrates évoquer ces « couacs » inhérents à toute nouveauté, comme s’ils n’étaient pas prévisibles. Quel manque de respect pour les animateurs et intervenants que de les laisser seuls essuyer les plâtres mal posés, suite à l’incompétence de ces autres, les inconnus et invisibles concepteurs de la reforme. Quelle escroquerie d’oser parler de l’intérêt de l’enfant et de le confronter à autant d’approximations et à, disons-le, un tel bordel.

Je n’ai toujours pas de contrat de travail

Recruté « à l’arrache » (quatre jours avant la première séance) par une association dont je n’ai toujours pas rencontré de responsables et avec laquelle je n’ai toujours signé aucun contrat de travail. Embauché par téléphone, sans même envoyer d’extrait de casier judiciaire alors que je serai en charge, seul, de dix-huit enfants.

Appelé à intervenir en handball et en football et privé de matériel pour les premières séances. Obligé de prendre à chaque fois sur mon temps personnel pour enquêter et suivre la piste du matériel, et renvoyé comme une balle de ping-pong du responsable éducation ville à l’association qui jugent réciproquement l’autre responsable de ma situation. Mis dans des conditions telles, que je n’ai guère les moyens d’exercer le métier pour lequel j’ai été embauché : la mise en place d’activités sportives ludiques et éducatives.

Cette réalité est ce qui me rend si pessimiste quant à la suite, malgré les réels ajustements par rapport au début. Pour le handball, je dispose de la moitié d’un gymnase, d’une balle, de chasubles, et de 45 minutes de pratique effective maximum (quand on enlève les déplacements et les temps d’installation et de rangement) pour mettre en place une séance ludique et éducative pour dix-huit enfants.

Imaginez seulement le temps maximum que chaque enfant peut passer balle en main sur une séance (sans prendre en compte les différences entre les « forts » qui monopolisent la balle aux dépends des « faibles ») ? Assez paradoxal quand on sait que les enfants à cet âge-là ont surtout besoin et envie de manipuler et de toucher la balle.

Pour le football, j’ai les mêmes conditions mais plus de balles. Puis-je les utiliser ? Evidemment que non, sur un demi-terrain de handball, faire des jeux impliquant une balle par enfant ou même une pour deux reviendrait, soit à en garder une bonne moitié sur la touche, soit à créer un véritable chaos.

La discipline mine mes séances

La suite...

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Published by Sauvons l'Ecole - dans Rythmes
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