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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 19:32

In Mammouth mon amour

 

C03-24Mercredi sortira dans l’Express un article sur les professeurs démissionnaires. Ceux qui ont quitté l’Education nationale, et aussi ceux qui pensaient avoir la vocation et qui, finalement, au moment de passer le Capès, ont renoncé : pas envie d’être « aigri dans deux ans », comme le confie un jeune étudiant en géographie. Je vous laisse découvrir ce papier pour lequel j’ai reçu, avec une certaine surprise, énormément de témoignages. Je suis toujours frustrée de ne pas pouvoir publier au long cours certains histoires passionnantes et devoir « trier » parmi les témoins – je profite de l’occasion pour m’en excuser auprès d’eux. Aujourd’hui, je m’engouffre dans l’espace ouvert par ce blog pour relater intégralement le parcours de Virginie, 38 ans, professeur d’anglais durant 11 ans, dans l’académie de Reims puis de Lille, qui a  démissionné en septembre dernier. Et s’en porte plus que bien. Voici son témoignage :

 

« J’ai enseigné durant 11 ans en lycée et collège. Ancienne élève de l’école normale supérieure de Cachan, je croyais dur comme fer à la transmission des savoirs et de valeurs de la République. Je suis issue d’un milieu modeste, d’une famille de commerçants ; ma mère n’est pas allée au-delà du certificat d’études. Petite, j’ai toujours perçu la différence entre les diplômés et les autres. J’ai toujours bossé d’arrache-pied, j’ai intégré une bonne prépa, Henri IV, et finalement, j’ai eu le concours de Normale Sup. J’ai bénéficié de l’ascenseur social et je voulais permettre à d’autres d’en faire autant. J’avais la vocation, l’envie de transmettre, le désir de participer à quelque chose de plus grand que moi, d’œuvrer pour le bien collectif. Je suis entrée à l’Éducation nationale la fleur au fusil. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit facile. J’étais prête à me battre pour ce métier. Cela ne me dérangeait pas. Je voulais enseigner en ZEP – et j’y ai effectué toute ma carrière.

 

Mon stage de pratique accompagnée m’a surprise. J’ai été larguée dans une classe, nous étions au milieu des années 1990. Pour ma première année, je suis tombée des nues. J’ai été affectée en Seine-Saint-Denis dans un collège qui faisait partie des « 6 » – les six collèges les plus durs du département, que tout le monde connaissait. Je vivais à l’époque en Seine-Saint-Denis, j’avais demandé à y être nommée, mais j’étais quand même très loin de chez moi : je devais me lever à 5 heures du matin pour arriver à 6 h 30, avant les embouteillages. En général, la  concierge m’ouvrait la porte et je préparais mes cours dans ma classe, entre 6 h 30 et  8 h 00… D’emblée, le principal m’avait collé 6 heures supplémentaires, sans me consulter et sans que je puisse dire quoi que ce soit. 24 heures par semaine, quand on débute (et même après), c’est énorme. Ce fut une année épuisante, un travail énorme. Cette année-là, tout était difficile, même faire entrer les élèves en classe ; il fallait surveiller les cages d’escaliers, les locaux techniques, aller chercher les élèves dans tous les recoins. Le principal, dont le bureau donnait directement sur l’emplacement où mes élèves étaient censés se ranger dans la cour, me regardait et ne m’aidait pas du tout quand les ados refusaient de monter en classe. Il m’a laissée me débrouiller comme ça. Il faut vraiment avoir la vocation.

 

Ensuite, j’ai été nommée à Noisy-le-Grand, dans un établissement où l’équipe était très soudée : il n’y avait que 6% de turn over (contre 76% dans celui d’avant !). Pourtant, le contexte était très difficile. Nous étions au cœur d’une cité, où ne restaient ni services ni commerces, une plaque tournante pour la vente d’armes. La nuit, des élèves faisaient le guet, pour 500 francs à l’époque, une sacrée somme. Pourtant, les gamins en voulaient, les collègues étaient solidaires, la direction à toute épreuve, même quand on recevait des cocktails molotov dans la cour. Je me sentais utile, les élèves nous remerciaient à la fin du trimestre. J’ai passé là mes trois plus belles années. C’était une expérience magnifique.

 

Une année, nous avions fait grève, parce que l’on nous avait refusé la création d’une classe non-francophone. C’était vraiment, pardonnez moi l’expression, du foutage de gueule. J’ai rédigé une lettre de démission que j’ai envoyée directement au Président de la république. Nous avons été reçus à l’Elysée ! Nous avons repris le boulot, j’ai commencé à être dans une position où je luttais contre le système. Il me fallait résister et tenir.

 

Ensuite, j’ai demandée à être mutée dans l’Académie de Lille. Un collège lui aussi difficile, avec des équipes soudées  mais un principal complexe, raciste, très compliqué, qui faisait des « blagues » sur les élèves franchement très limite… Ce furent 5 années ardues, la sécurité n’était pas assurée dans l’établissement, il y avait des intrusions d’adultes, parfois armés, 100% de  CSP défavorisées. En début d’année, il nous arrivait de collecter des tentes pour des parents à la rue, ou alors de récupérer des vêtements de bébé pour des gamines de 14 ans qui tombaient enceintes… J’ai été confrontée à la misère du Nord, qui n’a rien à voir avec celle de la banlieue parisienne. La vraie misère, culturelle, sociale, économique et intellectuelle. Les gens de la cité n’étaient jamais allés dans le centre de Lille à 1,5 km à pied. Les élèves n’avaient pas la volonté de se battre pour s’en sortir, ils n’attendaient strictement rien, ne faisaient strictement rien. Même les devoirs, que nous tentions de faire ensemble, en cours (sinon, il était évident que personne n’ouvrirait un cahier), nous n’arrivions pas à les finir. Ils n’avaient aucune notion d’effort, une absence totale d’intérêt pour tout ce qui n’apportait pas une gratification immédiate. Ils développaient une énergie dingue pour ne pas avoir à faire d’effort ! On ne peut pas aider les gens quand ils ne veulent pas l’être. Au bout d’un moment, c’est dur à vivre. On se remet en question. On arrive au bout des ressources pédagogiques.

 

J’étais au sommet de ma carrière, on me tannait pour passer les concours d’inspecteur, j’étais très bien évaluée. Je faisais ce que l’on nomme un « beau parcours ». Mais je mangeais cours, je pensais cours, j’étais tout le temps en train de chercher de nouvelles idées pour trouver des clés de compréhension pour mes élèves. J’étais surinvestie et ma vie personnelle en a souffert, cela a été une de mes erreurs. En même temps, cela n’aurait pas été possible autrement : il fallait se jeter dedans.

 

La dernière année, je suis entrée en conflit avec la direction. Je ne rentre pas dans les détails, mais la situation était absurde, je m’étais investie dans un projet pédagogique qui fonctionnait très bien et je n’ai pas pu le continuer, d’autres profs l’ont repris – alors que je l’avais mis en place avec une collègue, sans bénéficier d’aucune aide évidemment. Quatre ans de travail, quatre niveaux traités, pour rien. J’avais demandé, pour la première fois de ma carrière, un aménagement d’emploi du temps. On m’a envoyée paître. Le principal adjoint m’a dit qu’il était « temps de songer à changer d’établissement »…

 

J’avais deux classes difficiles, avec des élèves vraiment compliqués. J’arrivais au bout physiquement, j’étais en état d’épuisement chronique. J’avais peu de place pour mon compagnon, j’étais incapable de faire autre chose. En fait, je faisais un burn out sans le savoir. Un incident dans ma classe, à l’issue duquel un des élèves incriminés a quand même été réintégré dans mon cours alors qu’il était prévu qu’il n’entre plus en contact avec moi, a été la goutte d’eau qui a  fait déborder le vase. Pour moi, ce n’était pas admissible. En avril 2010, je n’ai pas repris et me suis donné l’été pour réfléchir.

 

À la rentrée suivante, j’ai été en congé longue maladie. Ce n’est pas ce que je voulais mais je m’y étais prise trop tard pour demander ma mutation ou une demande de mise en disponibilité. Si on démissionne, en tant qu’enseignant, on ne touche rien, pas de chômage. En plus, dans ma matière, il y avait un gros déficit d’enseignants par rapport au nombre de postes et l’on m’avait dit qu’on ne me laisserait jamais démissionner. C’est une drôle de situation, car on a l’impression qu’on est encore valorisable, puisqu’on ne veut pas vous laisser partir, mais en même temps, on n’est plus vraiment désiré. J’ai du passer plusieurs expertises pour prouver que je n’étais plus en état d’exercer ; j’ai vu un psy, un neuropsychiatre, plus un généraliste et un médecin du travail.

 

Je suis retournée à la fac, j’ai été prise dans une excellente formation pour devenir traductrice. Les expertises ont démontré que je n’étais pas en mesure de reprendre. J’ai touché des indemnités de départ volontaire : elles sont allouées à ceux qui souhaitent devenir entrepreneurs, on touche une partie au début et une partie après un an, quand on peut prouver son activité et justifier d’un exercice comptable.

 

La suite...

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