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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 10:56

le-pilon.jpg

 

 

In Educpros.fr

 

Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS : « Notre étude sur l'impact de la taille des classes sur la réussite scolaire a été mise au pilon »

 

En pleine polémique sur les augmentations d’effectifs dans les classes pour économiser des postes d’enseignants, Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS, professeur à l'Ecole d'économie de Paris déplore l’absence de prise au sérieux des travaux de recherche dans les politiques publiques. Il est l’auteur d’une étude publiée en 2006 sur l’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français.

« Il n’est pas démontré que la taille des classes ait un effet probant sur la réussite des élèves », précise un document interne de l’Education nationale qui préconise d’augmenter les effectifs des classes pour économiser des postes d’enseignants. Pourquoi le ministère de l’Education nationale ne se réfère-t-il pas à vos travaux ?

Notre étude, qui mettait en évidence les effets de la taille des classes sur la réussite des élèves, a été mise au pilon en 2006 par Gilles de Robien, alors ministre de l’Education nationale. Tous les résultats avaient pourtant été validés par la DEP (direction de l’évaluation et de la prospective), qui tenait absolument à publier l’étude dans leur collection de référence « Les dossiers de l’éducation nationale ». Ils ont tenu tête au cabinet Robien : les exemplaires papiers ont bien été mis au pilon, mais ils ont publié la version électronique sur le site officiel du ministère.


Ce qui me frappe aujourd’hui encore, c’est que dans tous les discours politiques, le travail des chercheurs n’est pas pris au sérieux. D’un côté, on parle de LOLF [loi organique relative aux lois de finances, ndr], de politique publique, d’évaluation, de performance… De l’autre,
on ne tient pas compte des résultats de recherche (voir 2) et on met au pilon des résultats archi-validés par la DEP.


Votre étude démontrait qu’une réduction de la taille des classes dans les établissements défavorisés aurait un effet sensible sur les résultats scolaires. Les effectifs ne sont-ils pas déjà limités à 25 élèves par classe en ZEP (zones d’éducation prioritaires) ?

Il est d’usage de limiter le nombre d’élèves par classe en ZEP, mais ce n’est pas le cas partout. Contrairement à ce que l’on pense, il n’y a pas d’objectifs clairs sur la question de la taille des classes dans ces zones d’éducation prioritaires. Et aucun texte n’existe là-dessus. D’ailleurs, il n’y a pas de politique claire sur les ZEP et pas de ligne budgétaire « ZEP » non plus. Mais le vrai scandale, c’est que la collectivité dépense plus dans un lycée de zones favorisées qu’en ZEP. La dépense publique est moindre pour un élève de lycée ZEP que pour un lycéen parisien de Louis-Le-Grand ou Henri IV. Il y a à cela plusieurs raisons et notamment l’inégalité de statut des enseignants. Alors que dans les deux exemples de lycées parisiens cités, les professeurs agrégés sont nombreux, beaucoup de contractuels tournent dans les zones défavorisées, où vous y trouverez peu d’agrégés et une faible ancienneté moyenne des enseignants.

Lire
l'étude de Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire(voir pièce jointe)

 

Propos recueillis par Isabelle Maradan

 


 

 

In L'Etudiant.fr

 

Thomas Piketty : "Les élèves dans des classes moins chargées ont de meilleures notes au brevet"

« Il n’est pas démontré que la taille des classes ait un effet probant sur la réussite des élèves », précise un document interne de l’Education nationale qui préconise d’augmenter les effectifs des classes pour économiser des postes d’enseignants. Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris, a publié, en 2006, la dernière étude en date sur ce sujet. A la demande du ministère.

Quelles étaient les principales conclusions de votre étude sur l'impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français ?

À la demande du ministère, nous avons mesuré les effets de la taille des classes sur les résultats des élèves dans l’ensemble des écoles primaires, des collèges et des lycées, à partir des fichiers de l’Education nationale. Plus les élèves sont jeunes et plus les effets sont mesurables. Mais, même si l'effet est moindre au collège, il reste sensible. Nous avons, par exemple, observé que des élèves qui sont dans des plus petites classes en 4e et 3e ont de meilleures notes au brevet. Et la réduction de la taille des classes a plus d'impact sur la réussite des élèves issus de milieux défavorisés.

Cantonner l’augmentation du nombre d’élèves par classe aux établissements hors-ZEP (zone d’éducation prioritaire) vous paraîtrait-il suffisant pour que cette mesure n’ait pas de conséquences négatives sur les résultats des élèves ?

Ce n’est pas suffisant. En pratique, la moyenne des effectifs en ZEP doit être autour d’1 ou 2 élèves de moins par classe  par rapport aux autres établissements. Mais contrairement à ce que l’on pense, il n’y a pas de texte clair sur la question de la taille des classes dans les zones d’éducation prioritaires. Pourtant, on sait, par exemple, que réduire les effectifs de 5 élèves par classe aurait des effets. Lors de notre étude, nous avons même mesuré que la taille de la classe peut avoir une influence aussi importante que le milieu social d’origine sur les résultats scolaires. Ce facteur d’inégalité pourrait donc être compensé par une réduction vraiment significative des effectifs en ZEP. Mais cela ne semble pas à l’ordre du jour.

Propos recueillis par Isabelle Maradan
02.06.10

 

 

 

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