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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 18:41

 

Les remarques, pensées, réflexions quotidiennes d'une enseignante, prof de Lettres dans un lycée de la Côte d'Azur et écrivain. Sa première contribution "J'écris pour les profs qui pètent les plombs" a été rédigée, à la suite de la mort d'une prof de maths qui s'est immolée.

 

0Bon, aujourd'hui je procède à mon auto-évaluation (réforme de l'évaluation des enseignants envisagée par le gouvernement) concernant ma capacité à faire progresser :
  • chaque élève (point 1) ;
  • mes compétences dans ma discipline ou mes domaines d'apprentissage, soit le français (point 2) ;
  • ma pratique professionnelle dans l'action collective de l'établissement… par la mise en place de projets pédagogiques transversaux et pluridisciplinaires assurant la cohérence d'un enseignement collectif (point 3).

Pour le point 3, ça va. Ça va mais ça n'a pas été simple de trouver un projet impliquant plusieurs disciplines en classe de seconde. On a quand même réussi. Avec les profs de SVT (science et vie de la terre), d'EPS (éducation physique), de SES (sciences économiques et sociales), d'enseignement artistique, d'histoire-géo, et moi, le prof de français, on a mis en place un super projet transversal et pluridisciplinaire susceptible de réunir plusieurs collègues du lycée : les chemins de Monte-Cristo.

Comme ça on est allé tous ensemble courir le long des sentiers de Provence , en dansant et chantant à tue-tête, prélevant quelques plantes et quelques pierres, avec observation des paysages, considérations géologiques, tout en commentant les conditions d'implantation de la prochaine ligne TGV Paris-Toulon, ses conséquences écologiques, les motivations politiques du nouveau tracé... Moi j'ai casé des anecdotes sur le château d'If… Ça se prolongera et s'évaluera dans chaque discipline par un QCM.

Pour le point 2, la progression de mes compétences dans ma discipline, on peut considérer que ça s'améliore puisque j'ai réussi à faire lire aux élèves de seconde quelques extraits d'une édition abrégée du « Comte de Monte-Cristo » comportant certains passages du texte original entrecoupés de résumés. Ça les a un peu saoulés (« ça fait combien de pages madame ? C'est le dictionnaire ? ») mais j'ai fini par leur raconter l'histoire en chantant et en ramassant des pierres.

On a beaucoup regardé la mer en évoquant le méchant Danglard [personnage crapuleux du roman d'Alexandre Dumas, ndlr]. Ça leur a plu, ils voulaient connaître la fin de l'histoire.

Pour le point 1, je suis perplexe. Faire progresser chaque élève, c'est quand même le but évident pour un professeur, le fondement même du métier. Ou alors je suis dingue.

Mais comment je prouve que Lila ou Noé progressent ? Ils réussissent un peu mieux à se faire comprendre, à l'écrit comme à l'oral, ils acquièrent une nouvelle familiarité avec les textes littéraires. Je le sens, je le sais, mais leur niveau linguistique ne s'améliore quand même pas très vite et ils sont toujours aussi faibles dans les autres disciplines.

Il y a aussi le cas inverse, Grégoire et Saphia, élèves de première ES (section économique et sociale) très performants en math et SES, visant l'admission à une école de commerce et revendiquant une rentabilité immédiate de l'enseignement de la littérature – des bonnes notes assurées aux EAF (épreuves anticipées de français en classe de première), mais je sens tellement que je les énerve avec ma manière d'expliquer les textes :

« Madame, vous ne pouvez pas nous donner un poly de synthèse à la fin de chaque lecture analytique, pour le bac ?

– Oui, si vous voulez, d'accord, mais c'est pas le but, apprendre par cœur une explication de textes, vous êtes censés le comprendre, vous l'approprier.

– Nous on veut surtout réussir le bac, le reste... »

Je me soumets. Erreur fatale, une fois le système mis en place : j'explique le texte, à la fin je distribue les photocopies avec plan détaillé de la lecture analytique. Pendant le cours, désormais, Grégoire et Saphia écoutent en pointillé, bavardent avec une mine complice – « Merci madame c'est génial votre cours, on n'a même plus besoin d'écouter » – et propagent l'agitation.

Auto-évaluation 1 : je suis nulle, je ne réussis pas à captiver un auditoire de 35 élèves sur Beaumarchais. Mais Grégoire et Saphia auront de super notes au bac parce que je suis assez bonne pomme pour jeter l'éponge, expliquer mon texte dans le bordel ambiant et distribuer à la fin du cours un poly récapitulatif.

Auto-évaluation 1 bis : je suis un super prof parce que j'ai quand même réussi, malgré Grégoire et Saphia, à captiver 10 élèves sur 35 en expliquant le monologue de Figaro, des élèves qui ont compris quelque chose à la manipulation par le langage.

 

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Published by Sauvons l'Ecole - dans News
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