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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 21:40

In blog Mathieu Lepine

        

Il y a quelques jours lors d’un déplacement dans la Marne, le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, faisait la promotion des emplois d’avenir professeur (EAP). Par la même occasion, il se félicitait de la signature de près de 2500 contrats depuis le lancement du dispositif mi-janvier. Ces emplois ont vocation à « faciliter l’insertion professionnelle et la promotion sociale des jeunes (boursiers) dans les métiers du professorat ». Ayant fait parti de la toute première génération d’étudiants à subir la masterisation, je m’intéresse bien évidemment aux évolutions qui pourraient être apportées à la formation des enseignants. Par ailleurs, entant que militant au Parti de gauche (et donc au Front de gauche), je ne peux que soutenir tout dispositif qui permettrait de lutter contre le déterminisme social. Cependant, tels qu’ils sont aujourd’hui présentés, les EAP n’apparaissent pas comme un dispositif pertinent pour former les futurs enseignants et permettre aux jeunes issus des milieux populaires et des quartiers d’entrer dans ce métier. Pire, à travers la flexibilité du temps de travail ou encore la mise en place de contrats de droit privé, ils participent à la dégradation de la notion de service public d’éducation.

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L’emploi d’avenir professeur, un emploi flexible

Les emplois d’avenir professeur sont destinés « aux étudiants boursiers sur critères sociaux inscrits en deuxième année de licence ou, le cas échéant en troisième année de licence ou en première année de master, âgés de vingt-cinq ans au plus et se destinant aux métiers de l’enseignement ».

Les EAP sont des emplois à temps partiel pour « une durée hebdomadaire de 12 heures en moyenne ». En moyenne…, ce qui veut donc dire que le temps de travail de l’étudiant signant ce type de contrat sera flexible selon les besoins. Sous des airs vertueux se cache donc en réalité la volonté d’accentuer la flexibilité du temps de travail dans le service public.

Pire, bien que participant à « l’exécution du service public de l’éducation nationale », l’étudiant s’engageant dans un EAP signera un contrat de droit privé. Il ne bénéficiera donc pas des mêmes droits que ses collègues. En cas d’arrêt maladie, il sera par exemple soumis à la législation du privé concernant le jour de carence (trois jours dans le privé tandis que dans le public le jour de carence mis en place sous Sarkozy sera bientôt abrogé).

L’emploi d’avenir professeur est un contrat d’un an renouvelable seulement deux fois. Par ailleurs, en cas de renouvellement de son contrat, l’étudiant peut être contraint de changer d’affection. Là encore c’est l’instabilité qui règne. Aucune assurance d’avoir un poste à chaque rentrée, ni même, malgré un renouvellement, de rester dans l’établissement dans lequel on a travaillé pendant un an et noué des relations. Concernant les éventuels redoublants, le contrat n’étant renouvelable que deux fois, il ne leur sera par permis de profiter du dispositif jusqu’à l’obtention du concours…

Concernant le salaire, l’étudiant sera rémunéré sur la base du SMIC horaire soit 490,36 euros bruts (versé durant les douze mois du contrat). Ne bénéficie en réalité de la bourse de service public que les étudiants « qui en font la demande » et qui « s’engagent à préparer et à se présenter aux concours de recrutement d’enseignants du premier ou du second degré ». On peut donc très bien s’engager dans un EAP sans nécessairement se présenter à un concours. Ce dispositif n’est donc en rien un dispositif de pré-recrutement d’enseignants comme voudrait le faire croire le gouvernement.

 

Des missions floues qui laissent libre cours à toutes les interprétations

L’EAP effectue une « activité d’appui éducatif » qui peut évoluer selon son niveau d’étude. Ainsi, un jeune en deuxième année de licence sera en position d’ « observation active des différents niveaux d’enseignement, des différentes fonctions de l’école ou de l’établissement ». On peut également lire sur le site officiel de l’administration française (service-public.fr) que « l’emploi d’avenir professeur peut effectuer des missions semblables à celles d’un assistant d’éducation (ASEN)».

Quel est donc l’intérêt pour un étudiant en licence 2 de signer ce type de contrat si ses missions s’apparentent à celle d’un ASEN, qui lui signe un contrat de droit public renouvelable 5 fois (donc six ans maximum contre 3 pour l’EAP) ? Par ailleurs, ayant été assistant d’éducation à plusieurs reprises, je sais que ce type de poste permet de mieux connaître la vie d’un établissement scolaire (ce qui n’est pas négligeable quand on se destine à une carrière dans l’éducation nationale), cependant il ne forme en rien au métier d’enseignant.

Il est aussi stipulé que « l’ensemble des titulaires d’EAP participent aux activités de soutien et d’aide ou d’accompagnement individualisés organisées dans l’école ou l’établissement ». Des tâches qui s’apparentent fortement à celles d’un assistant pédagogique, signant cependant lui aussi un contrat de droit public pouvant se renouveler sur six ans.

Pour les étudiants en L3 ou en M1 les missions changent. Il s’agit alors d’une « pratique accompagnée intégrant une prise en charge progressive de séquences pédagogiques en présence et sous la responsabilité de l’enseignant. En master 1, la participation à l’évaluation d’activités peut aussi être envisagée ». La mission de l’EAP s’apparente alors davantage à une mission d’enseignement, ce qui contraste énormément avec celle de l’étudiant en L2. Cependant le salaire, le contrat de travail et l’amplitude horaire restent les mêmes !

En cette période de pénurie d’enseignants dans certaines matières et régions, on peut penser que l’obligation de la présence du tuteur lors des séances prises en charge par l’EAP ne sera pas toujours respectée… D’autant que le recrutement des emplois d’avenir se fait en priorité vers les régions et matières déficitaires. L’emploi d’avenir professeur deviendrait dans ce cas l’équivalent d’un professeur remplaçant (salaire et statut en moins).

Une multitude de tâches peuvent donc être confiées à l’EAP. De la simple surveillance d’une salle de permanence à la prise en charge d’une séance, en passant par de l’accompagnement individualisé. Il ne bénéficie cependant pas des mêmes droits que celles et ceux qui au sein du même établissement remplissent les mêmes missions que lui. Ainsi, l’emploi d’avenir professeur s’apparente davantage à un nouveau type de précariat qu’à une formation qualifiante.

 

A l’époque où j’étais moi-même assistant d’éducation, avec mon contrat de droit public, renouvelable cinq fois, j’ai rempli la majeure partie des missions que l’on confie aujourd’hui à un EAP. J’ai fait de l’accompagnement personnalisé, de l’aide aux devoirs, j’ai assisté à des séances aux cotés d’élèves en difficultés afin de les seconder… Grâce à la bienveillance d’une collègue enseignante d’histoire-géographie, j’ai même pu assister à des séances en tant que simple observateur et prendre en charge la totalité d’une séquence d’une classe de sixième (en sa présence bien évidemment). Elle m’a ensuite permis de préparer et corriger moi-même les contrôles pour cette classe. Enfin, j’ai pu, avec l’aval de la direction, participer à un conseil d’administration afin de mieux connaître les rouages d’un établissement scolaire.

Quel est donc l’intérêt que de signer un EAP, qui est un contrat de droit privé renouvelable uniquement deux fois, si c’est pour remplir les mêmes tâches qu’un ASEN qui a lui un contrat de droit public renouvelable cinq fois ?

 

Un dispositif qui ne se donne pas les moyens de remplir ses objectifs

Les EAP sont présentés comme l’un des grands axes de la réforme de la formation des enseignants, devant faciliter l’insertion des jeunes boursiers dans le métier. Cependant le dispositif mis en place par le gouvernement ne répond en rien aux problèmes que rencontrent les étudiants désirant passer des concours de l’enseignement. Par ailleurs, il ne permettra pas de lutter efficacement contre le déterminisme social.

Proposer à des étudiants qui préparent un concours et doivent en même temps obtenir leur diplôme universitaire, de travailler, c’est renforcer leur chance d’échouer. En effet, ils ont face à eux des jeunes, qui ont la chance de pouvoir être aidés financièrement par leur famille, et qui peuvent donc consacrer la totalité de leur temps à leurs études. Plutôt que de pousser les boursiers à se salarier, le gouvernement devrait leur proposer une bourse d’autonomie (sur critères sociaux).

 

Pour avoir passé deux fois le CAPES d’histoire-géographie, je sais quelle est la difficulté que de préparer un tel concours. Cela demande du temps, énormément de temps, notamment pour pouvoir assister aux nombreuses heures de cours (CM et TD) proposées dans les universités. Des cours essentiels si l’on veut avoir accès non seulement à un maximum de connaissances mais surtout aux connaissances fondamentales. Il faut par ailleurs consacrer un certain temps à la lecture d’ouvrages de références, à la mise en place de fiches de révisions… Un grand nombre de tâches qui sont difficilement conciliables avec une activité professionnelle.

 

Si la masterisation a renforcé les inégalités, ce ne sont pas de simples rustines qui permettront d’y remédier. Les emplois d’avenir professeur ont pour objectif, d’après le ministre de l’Education nationale, de faciliter l’insertion professionnelle de jeunes boursiers dans les métiers du professorat. Le gouvernement prétend ainsi vouloir lutter contre le déterminisme social. Cependant, s’attaquer à ce problème au niveau de la licence 2 c’est donner un coup d’épée dans l’eau. En effet, la sélection sociale se fait bien en amont. D’après l’observatoire des inégalités, les enfants d’ouvriers et d’employés représentent seulement 26.1% des étudiants en licence tandis que leurs parents représentent eux 52% des actifs occupés !

 

Si les emplois d’avenir professeur sont « l’un des grands axes de la réforme de la formation des enseignants », la crise des vocations dans l’Education nationale a de grandes chances de perdurer…

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Published by Sauvons l'Ecole - dans Débats
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