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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 20:36
- Publié dans : Débats
Par Sauvons l'Ecole

In Libération

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:Ub_UvIzvEZgZdM:http://journal-letranger.com/IMG/jpg/REFALO_2.reduc.jpg       Nous connaissions l’autisme du gouvernement face aux mobilisations en défense de l’école publique. Devons-nous aujourd’hui constater une forme d’autisme syndical face à l’exigence de radicalité qui s’impose et que des milliers d’enseignants du primaire ont su mettre en musique pour ne pas être complices de réformes scélérates et injustes ?

Incapables d’analyser les échecs de leurs actions passées, les principaux syndicats d’enseignants du primaire restent en retard de plusieurs batailles. Or nous savons que ce pouvoir a retenu les leçons du passé. Il s’accommode désormais d’une contestation légale quand bien même elle serait massive. En réalité, il n’espère qu’une seule chose : que les syndicats continuent à «s’opposer» par les grèves à répétition et les manifestations. Car ce qu’il redoute plus que tout, c’est l’insoumission collective des personnels, seule résistance susceptible de faire échec, dans l’action quotidienne, aux réformes destructrices. Nous l’avons expérimenté. Ce qui est insupportable à notre hiérarchie, ce n’est pas tant la désobéissance clandestine, que la désobéissance ouverte, revendiquée et assumée. Elle seule, aujourd’hui, avec le soutien des parents d’élèves, constitue une force de pression qui fait bouger les lignes.

Les enseignants «désobéisseurs» du primaire ont inauguré une nouvelle forme de lutte dans l’Education nationale. La première victoire qu’ils ont obtenue, c’est de n’avoir rien cédé malgré les pressions et les sanctions, surtout financières. La seconde, c’est qu’ils continuent à enseigner sans se renier, sans appliquer les dernières réformes pédagogiques. De fait, ils les neutralisent, tout en mettant en place des alternatives au service de tous les élèves. Quelques milliers, c’est un grain de sable dans la machine à déconstruire. Plusieurs dizaines de milliers, ce serait l’échec définitif des réformes. La résistance pédagogique constitue un puissant levier, à la portée de chacun, qui ébranle sérieusement le système. Comment se peut-il que les syndicats soient incapables de le comprendre ? Comment est-il possible qu’ils n’aient pas revisité leur logiciel de lutte en regard de ce mouvement collectif commencé par l’initiative de quelques-uns ?

Les syndicats se veulent «responsables». Alors, disent-ils, encourager la désobéissance ce serait faire le jeu du «chacun fait ce qu’il veut» et de la libéralisation de l’école. En réalité, leur manque de lucidité et de courage frise l’irresponsabilité. Les attaques sans précédent contre l’école et plus largement le service public d’éducation méritent une riposte d’envergure proportionnée à ces attaques. Si l’école publique est vraiment en danger, ainsi que les syndicats l’affirment, notre devoir est d’empêcher la mise en œuvre des réformes qui déconstruisent l’école et que, malheureusement, les grèves précédentes n’ont pu enrayer.

Nous devons d’urgence repenser à nouveaux nos modes d’action pour être à la hauteur du terrible défi que nous a lancé ce gouvernement. Le ministère exige une soumission inconditionnelle des personnels pour qu’ils obéissent et appliquent sans discuter les réformes. Là est le curseur qui permet de mesurer le niveau de résistance ou de résignation de la profession. Allons-nous continuer à manifester et à faire grève contre ces réformes et une fois revenus dans nos classes, les mettre en pratique bien sagement ? Faut-il rappeler aux syndicats qu’un fonctionnaire est doué de raison et de conscience ? Lorsqu’il nous est demandé d’être complices de réformes aussi néfastes et destructrices, notre seul devoir est de refuser collectivement de s’y soumettre. Ce n’est pas seulement une question d’honneur, mais de responsabilité et d’efficacité.

L’heure n’est plus à la frilosité. Dans de nombreux secteurs publics, à l’exemple des enseignants désobéisseurs, des fonctionnaires entrent en résistance et en désobéissance pour ne pas cautionner des lois et des réformes qui détruisent les acquis issus de la Résistance. De ce point de vue, ils agissent de façon éthique et responsable. Ils ont décidé, et sans attendre, selon la formule de Gandhi, d’être dès aujourd’hui le changement qu’ils veulent voir réaliser.

Dernier ouvrage paru : «En conscience, je refuse d’obéir», éd. des Ilots de résistance, 2010.


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