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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 07:40

In Acrimed

 

Contestant les politiques d’austérité menées par le gouvernement, plusieurs confédérations syndicales (FSU, CGT, Solidaires) appelaient les travailleurs de la fonction publique à faire grève jeudi 31 janvier. L’occasion pour les « grands » médias d’informer sur les raisons d’une colère sociale dont la grève des professeurs des écoles parisiens a récemment donné la mesure [1] ? Si quelques médias se sont distingués en livrant des éléments de compréhension de cette grève, c’est généralement en les enrobant dans la thématique animalisante de la « grogne ». Plus malveillants, certains médias ont choisi de mobiliser contre la mobilisation sociale, que ce soit en reprenant à leur compte une rhétorique anti-fonctionnaires usée jusqu’à la corde ou en décrétant, une fois pour toutes et par avance, l’inutilité de cette grève.

Il ne nous revient pas ici de défendre les revendications ou le mode d’action des grévistes, mais simplement de constater – et de déplorer – que, loin de se contenter d’être des observateurs du mouvement, un certain nombre de médias se sont plu à devenir des acteurs du conflit en disqualifiant une des parties. Plus généralement, c’est une fois encore l’absence de pluralisme – qui se manifeste à travers le faible intérêt accordé aux revendications du mouvement social – qui doit retenir l’attention.

En guise de préambule, sans doute doit-on évoquer la manière dont les médias dominants avaient, en quelque sorte, préparé le traitement de cette grève, quelques jours auparavant, en ayant recours au discours, lui aussi largement éculé, de la « France en faillite » (ou de « l’État en faillite ») [2].

 

La « France en faillite »

 

Les propos tenus quelques jours auparavant par le ministre du Travail Michel Sapin, affirmant que l’État français serait « totalement en faillite », tombaient en fait fort à propos pour délégitimer préventivement la grève des travailleurs de la fonction publique. Du moins fallait-il pour cela qu’ils soient largement relayés par de « grands » journalistes, avides de « discours de vérité », tels que le chroniqueur économique d’Europe 1 Axel de Tarlé (ou encore Jean-Michel Apathie, qui se fait longuement l’écho de la déclaration de Michel Sapin sur RTL le même jour). 

Car pour ces journalistes, il est hors de doute non seulement que l’État français est en « faillite », mais que seules des « réformes de structure » (comprendre les réformes néolibérales de dérégulation et d’austérité budgétaire) seraient susceptibles de « remettre le pays sur la bonne voie » (pour reprendre les propos de Tarlé dans sa chronique du 28 janvier.

En effet, ces marchés financiers « commencent à trouver que nous sommes trop endettés, et ils veulent bien continuer à nous prêter de l’argent mais à une seule condition : c’est que nous fassions ces fameuses réformes structurelles ». Plus besoin donc de prôner des politiques économiques dont les populations ne veulent pas (et qu’énumère Tarlé : « économies à tous les étages, souplesse dans les entreprises, gel des pensions de retraite, on parle même de baisser les indemnités chômage des cadres »), il suffit pour le journaliste économique de faire fonctionner (en le justifiant au passage) le chantage auquel se livrent le créancier-gendarme : « on l’a dit, on n’a plus le choix, on est obligés de se réformer sous peine de ne plus pouvoir emprunter ».

 

Circulation circulaire de la « grogne »

 

Deux jours avant la grève dont il est question ici, le terrain était donc d’ores et déjà miné pour quiconque aurait eu l’idée saugrenue de revendiquer des hausses de salaires, des créations d’emploi ou la suppression de la journée de carence dans la fonction publique (revendications avancées par les syndicats appelant à la grève).

Comment expliquer dès lors que les travailleurs de la fonction publique s’acharnent à faire grève malgré les réprimandes régulièrement administrées par les chroniqueurs économiques ? C’est que, emportés par un instinct quelque peu animal, ils et elles ont décidés de faire entendre leurs « grognements ». On sait en effet que, appelés à rendre compte des mouvements de protestation sociale, les médias dominants recourent presque en chaque cas à cette thématique de la « grogne ».

 

Or, dans la langue automatique dont use la plupart des journalistes par temps de grève, la « grogne » constitue non seulement l’ « un des symptômes les plus graves du “malaise” » (et non de la critique ou de la colère), mais surtout « un signe de l’animalité privée de mots des “grognons” ». En effet, « en qualifiant de “grogne” l’action et la parole de centaines de milliers de personnes en mouvement, les journalistes professionnels corroborent l’attitude du gouvernement qui fait celui qui n’entend pas. […] Les manifestants font du bruit, ils ne parlent pas. La “rue grogne” mais est incapable de produire une pensée, une parole, une action politique » [3].

Concernant la grève du 31 janvier, il a ainsi suffi que l’agence de presse Reuters emploie le terme pour que, par un mécanisme de « circulation circulaire » bien décrit par Pierre Bourdieu [4], il soit repris par la quasi-totalité des « grands » médias. Aussi fastidieux que cela puisse paraître, il importe d’en donner un aperçu, seul moyen de prendre la mesure de la diffusion de cette langue automatique dont nous parlions plus haut :

- Le Figaro en fait sa « une » : « La grogne monte chez les fonctionnaires ». Mais aussi : « Les conditions de travail, les suppressions d’emplois dans les secteurs non prioritaires, la baisse du pouvoir d’achat suscitent la grogne des agents du public ».

- Le Monde, L’Expansion, Le Point : « un mouvement de grogne qui se cristallise principalement autour des rémunérations et de l’emploi ».

- TF1 : « Elle [la gauche] est en effet confrontée à la grogne de ses bataillons électoraux ».

- France TV : « Pour la première fois depuis son élection, François Hollande doit faire face à la grogne des 5,2 millions de fonctionnaires ».

On pourrait poursuivre presque à l’infini car, fidèles en cela aux tendances que nous décrivions dès 2007 dans le livre Médias et mobilisations sociales, sur la base d’une analyse des mouvements sociaux de l’hiver 1995 et de 2003, médias dominants et « grands » journalistes n’ont pas d’autres mots à la bouche, lorsqu’il s’agit de caractériser un mouvement de grève, que celui de « grogne ».

 

20 minutes décrète l’inutilité de la grève

 

La suite... 

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