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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 18:28
- Publié dans : Débats
Par Sauvons l'Ecole

Éveline Charmeux, professeur honoraire IUFM Toulouse, a consacré ses recherches pédagogiques à l'apprentissage de la langue française dans les classes. Elle  a pu acquérir la ferme conviction que seul un élève actif dans ses apprentissages peut apprendre. Elle nous propose ici un véritable manifeste, contre la politique éducative actuelle, mais aussi et surtout, pour une école émancipatrice.  


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Face aux difficultés de l'école aujourd'hui, toujours plus inquiétantes de jour en jour, le pouvoir - et une bonne partie de l'opinion, y compris à gauche - ne trouve d'autres explications, qu'une ridicule volonté des années post-soixante-huit de démocratiser l'enseignement, qui aurait conduit celui-ci à la catastrophe.


Une chronique de J. Julliard dans le Nouvel Obs, affirmait naguère[1] : « (...) dans son essence même l'école est un lieu clos, un lieu de non-droit et de non-démocratie . (...) On a voulu (...) établir la logique du droit et de la démocratie dans l'école et le rapport pédagogique : ineptie majeure, parce que, dans son essence, le rapport maître / disciple est un rapport d'inégalité et de dépendance. C'est l'autorité librement acceptée du maître qui permet cette chose un peu mystérieuse, irréductible à un simple transfert de connaissances, que l'on nomme Éducation (...) L'éducation n'est pas prioritairement affaire de connaissance, mais d'influence (...) elle repose en définitive, selon Platon, sur l'admiration que le disciple porte au maître. »


A-t-on vraiment fait de l'école un lieu de démocratie... excessive ?

Tous ceux qui ont des enfants à l'école savent combien c'est faux. Elle est au contraire un lieu de « non-démocratie » par excellence : tout y vient d'en haut, programmes, consignes, récompenses et punitions, relayés par des intermédiaires soumis au devoir d'obéissance à l'égard des supérieurs, et pleins de pouvoir sur ceux qui sont au-dessous.

Quant aux discours sur la démocratie qui y sont tenus, ils bien loin du vécu. Le raisonnement de J.Julliard ne tient guère :

  • ou bien, l'éducation repose, comme il l'affirme après Platon, « sur l'admiration que le disciple porte au maître », mais cela implique que le maître soit effectivement admirable - et comme chacun sait, il n'est pas donné à tout le monde d'être Socrate, et d'inspirer une admiration aussi extrême, (laquelle, du reste, finit par lui causer du tort !) ;
  • ou bien, comme le font apparaître toutes les recherches sur l'apprentissage, elle est le résultat d'une construction par l'élève de ses savoirs et de ses compétences, et il ne peut plus s'agir d'une relation de dépendance.

Ce qui doit unir alors enseignant et élèves, c'est une relation de confiance, confiance à l'égard de celui dont la tâche est avant tout d'être une aide et un lieu de ressources, pour avancer dans son savoir. C'est cette relation de confiance que l'école, à de rares exceptions près, a tant de mal à installer, précisément parce que l'image défendue par Julliard, présente dans l'inconscient collectif, désamorce les meilleures intentions et fait déraper les initiatives les plus positives. Ce n'est pas l'enseignant qui peut, seul, installer cette relation. Si elle n'est pas le fait du système tout entier, aucune confiance ne peut exister là où sévit, dans un brouillard épais, une autorité de principe, donc arbitraire, qui a pouvoir de punir, récompenser, ordonner, sans que ce pouvoir ne soit ni explicité, ni justifié, aux yeux de ceux qui le subissent.


L'élitisme républicain ?


Il faudrait peut-être définir plus clairement les objectifs du travail éducatif.

S'il s'agit de repérer « l'élite républicaine », alors, on peut affirmer que la démocratie est loin : ces deux termes sont contradictoires. La seule vocation de l'école laïque, invention républicaine, est au contraire de permettre à tous de faire les rencontres, les expériences, les apprentissages, que la famille permet à quelques uns. Si elle ne doit être que le petit supplément qu'elle a été durant des siècles pour les favorisés à qui elle était destinée, elle n'a guère de raisons d'être. Or, précisément, elle est un lieu qui favorise ceux qui l'étaient déjà : les bons élèves de nos classes, l'auraient été avec n'importe qui d'autre, et auraient gagné le haut de la société, même sans école du tout.

Pourquoi, alors que les enseignants, dans leur majorité, souhaitent aider les plus démunis à s'en sortir ? Parce que, eux-mêmes sont au coeur de contradictions diverses, qu'ils ne peuvent ni repérer ni lever, et qui déséquilibrent tous leurs efforts.

Aussi, la première solution à envisager ne peut-elle être trouvée que dans une formation des enseignants profondément transformée.


Former les enseignants.... Mais à quoi ?


Dans un ouvrage important,[2] ancien, Bernard Charlot affirme que les enseignants sont en quelque sorte manipulés à leur insu par le système scolaire, qui les conduit à faire autre chose que ce qu'ils croient faire, et ce, grâce à une formation, qui, tout en étant de très haut niveau, s'est bien gardée de leur donner les outils nécessaires d'analyse de leurs pratiques, ce qui ne fut jamais le cas -, et cela ne risque guère de s'arranger....

Enseigner, ce n'est point transmettre des connaissances nouvelles, c'est réunir les conditions pour que les enfants transforment ce qu'ils croient savoir. Or, l'échec scolaire n'est point le résultat d'une absence de savoirs chez l'élève, mais de ce qu'il n'a jamais eu l'occasion d'utiliser ce qu'il sait.


Un mauvais élève n'est point un élève qui ne sait rien, c'est un élève dont l'école méprise ou ignore les savoirs.

 

La suite...


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