Partager l'article ! De l’école aussi, Claude Guéant ferme les portes: In Café Pédagogique La trêve des expuls ...
Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi,
La république contre son école
Démopolis, 2011
Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi,
Main basse sur l'école
Démopolis, 2008

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La trêve des expulsions n’existe pas. Et elle n’est pas prête de voir le jour. La crise, les élections, tout est bon pour lui trouver des raisons de ne pas être. Abdoul Diaw est prof d’anglais depuis 10 ans. De nationalité sénégalaise il n’a eu jusqu’ici aucun souci pour enseigner, sept établissements différents, un nouveau contrat en perspective. Mais voila en 2011, il a divorcé de son épouse française. Pour le Ministère de l’Intérieur, c’est simple, plus de mariage, plus de liens avec la France. Ah bon, et les élèves et les équipes dans les établissements, et les liens tissés au fil de la vie quotidienne, ils sont virtuels ?
Les étudiants étrangers eux doivent retourner à la fin de leurs études dans leur pays d’origine. Claude Guéant nous le disait dimanche sur les ondes de Radio-France c’est pour aider les pays pauvres. Ben oui par exemple au Bénin il n’y a presque pas de cardiologue tandis qu’en France il y a plein de cardiologue béninois. Donc si la cardiologie béninoise est faible c’est que les cardiologues sont tous ici. Ah, les hôpitaux sont faiblement équipés et il y a sans doute peu de services cardiologie au Bénin, une broutille, il suffit que les cardiologues reviennent pour que les cœurs du pays battent en toute sécurité. Foin d’appui au développement, des talents, des talents et rien que des talents.
Puisque nous sommes à l’ère de la droite décomplexée, un étudiant étranger ne pourra à la fin de ses études occuper un emploi en France que dans la certitude que cet emploi ne peut être exercé par un français avec tous ses papiers en règle. La circulaire du 31 mai est appliquée scrupuleusement par les préfectures. Et une promesse d’embauche ne vaut rien face aux nécessaires statistiques. Claude Guéant poursuit avec obstination son objectif chiffré, peu importe qu’à la clé ce soit l’attractivité de l’enseignement supérieur qui soit en jeu, et peu importe encore moins que des espoirs soient mis en miette. L’humain n’est rien face aux chiffres, tous les êtres raisonnables l’admettent.
Et tous les êtres déraisonnables, dont je suis, le contestent. Fermer la porte pour une histoire de papier, lier la réussite à la nationalité est tout simplement inconcevable aujourd’hui. Parier sur la consanguinité, sur un espace confiné où seules les pattes blanches auront droit de résidence, c’est aller droit vers l’atrophie, l’enfermement. A l’école aussi ce sont les ailleurs qui agrandissent l’horizon. Et les ailleurs grandiront en retour. En écho aux propos de Claude Guéant entendus sur France Inter dimanche soir, « la prière de paix » de Senghor me revient en mémoire : « Oui, Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques. Qui m'invite à sa table et me dit d'apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié. »
Monique Royer
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