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Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 18:07
- Publié dans : News
Par Sauvons l'Ecole

In Rue89

 

Baudry sur la rentrée des profs stagiaires.

Rue89 publiait récemment le témoignage d'un jeune professeur stagiaire qui dénonçait « ce qui est en train de devenir la “formation” des enseignants » suite à la réforme dite de « mastérisation » de l'Education nationale. Beaucoup d'enseignants, riverains de Rue89, ont réagi à son témoignage pour partager leur expérience de la réforme et de ses conséquences.

Une majeure partie d'entre eux montre la difficulté croissante pour les profs d'exercer leur profession dans de bonnes conditions. Ralamaiche résume :

« Aujourd'hui, être prof, c'est affronter aberrations sur aberrations. C'est être précaire au dernier degré. C'est se faire trimballer, humilier, balader de réformes débiles en élèves paumés. »

 

 

 

Des applications tardives

Dans son texte, l'enseignant anonyme dénonçait son affectation dans un établissement situé à 250 km de son logement, annoncée dix jours seulement avant la rentrée. Shaman-0, stagiaire comme le témoin, confirme ces difficultés :

« Même les procédures pour les vœux sont une calamité :

  • accès non sécurisé (il suffit des noms, prénoms et date de naissance pour avoir accès au dossier) ;

  • modalités différentes selon les académies […] ;

  • et effectivement décision finale tardive (dans mon académie le 23 août). »

 

Si l'on en croit les commentaires des riverains, ce problème ne date pas d'hier et la réforme n'y a rien changé. Bleuet1 déclare ainsi :

« Pour ce qui est de l'affectation, honnêtement, rien de nouveau sous le soleil, rien ne change avec la mastérisation. Les jeunes professeurs sont toujours prévenus peu de temps avant la rentrée, c'est comme ça que ça fonctionne malheureusement. »

 

La riveraine Millie confirme :

« C'est hélas une récurrence. Ainsi, je n'ai connu mon établissement de rattachement que le 24 ou 26 août 2009 lors de mon année de stage. »

 

Des affectations tardives problématiques, surtout pour ceux qui, comme le professeur anonyme, doivent se présenter quelques semaines plus tard dans un établissement éloigné de leur domicile. Une situation carrément absurde dans le cas des profs stagiaires originaires des DOM-TOM, affectés en métropole deux semaines seulement avant la rentrée. Picheloure explique :

« On pourrait aussi parler du quota de profs stagiaires venant des DOM-TOM, affectés en métropole, qui ont, comme l'auteur, dû en quelques jours :

  • trouver une place sur une ligne […],

 

  • payer le billet,

  • débarquer en France et trouver un logement. »

 

Le rapport formation/pratique

Dans son témoignage, le prof anonyme expliquait un des pans de la réforme dite de mastérisation. Au lieu des deux tiers de formation pour un tiers de pratique en vigueur avant la réforme, les professeur stagiaires devront maintenant effectuer un tiers de formation pour deux tiers de pratique. Leur tutorat par des professeurs plus expérimentés n'est, en outre, plus obligatoire.

Beaucoup de commentaires soulignent les défauts de tels changements.

Joaom, professeur néo-titulaire (ayant terminé son année de stage), commente :

« On glose beaucoup sur le rôle des IUFM. […] Je ne regrette absolument pas d'être passé par là et, a posteriori, cette formation me semble indispensable. Je plains grandement les nouveaux collègues.

J'ajoute également que le rythme des dix-huit heures (hebdomadaires) pour un stagiaire me paraît infernal. […] Avant les stagiaires faisaient quatre, puis six heures. J'étais à huit. J'ai pitié de ceux qui vont être à dix-huit heures dans quelques jours.

Enfin, […] faire sans [un tuteur] me semble tout bonnement impossible. »

 

Millie, prof depuis dix ans, dénonce aussi cette réforme, qui va être « un massacre, de profs et d'élèves » :

« Mon année d'IUFM, avec douze heures de théorie et six heures de pratique, fut confortable. […] Assez pour apprendre mon boulot, à 23 ans. Et même après mon année de formation, quand je suis passée titulaire à dix-huit de cours, eh bien wow ! Je les ai senties passer ! »

 

D'autres dénoncent les implications pour les élèves qui vont subir des changements successifs de professeurs pendant l'année scolaire. Dans son commentaire, Shaman-0 souligne le problème :

« Il faut savoir que les élèves qui auront des profs stagiaires qui ont eu le concours externe vont changer de profs en cours d'année. »

 

Bleuet1 montre les lacunes de la réforme dans ce domaine :

« Pour ce qui est des périodes de formation, là où le bât blesse, c'est que les jeunes professeurs devront être remplacés sur ces périodes, ce qui représente une discontinuité dans l'enseignement. »

 

La précarisation des enseignants

Parmi les riverains de Rue89 membres du corps enseignant, Hawkmoon détaille l'évolution du porte-monnaie des profs stagiaires entre les années 1980 et nos jours

« Dans les années 1980, lorsque je commençais ma carrière, je sortais du baccalauréat et passais, suite à un concours, trois années à l'école normale. […] Le tout avec un salaire de 4 600 francs [700 euros] plus indemnité logement en première année pour finir à 5 100 francs [777 euros], plus indemnité logement.

Un jeune enseignant instituteur, vu le coût de la vie d'alors, ne se plaignait nullement, et débutait à 1,5 fois le smic d'alors, sans compter l'indemnité de logement. »

 

Le riverain poursuit :

« Aujourd'hui, il y a des professeurs des écoles, cadre A, avec un master 2, soit baccalauréat +5, sans formation, qui vont débouler dans les classes, pour un salaire net de 1 342 euros, sans nulle prime ou autre indemnité. […]

Le smic net lui est de 1 055,42 euros en 1010 ; un enseignant en net gagne donc 1,27 fois le smic en début de carrière. »

 

La suite...


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